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Bilan après 1 mois d’internat d'anesthésie

Bilan après 1 mois d’internat d'anesthésie

Cela fait maintenant plus d’un mois que je suis réellement interne en médecine, spécialisé en Anesthésie-Réanimation (DESAR). Et en seulement 1 mois, j’ai l’impression que toute ma vie s’est modifiée, d’autant plus que je découvre aussi une nouvelle région puisque j’ai décidé de déménager pour l’internat. Comme je vous l'avais promis lors de mon article sur ma première journée d'interne en médecine, je vous tire aujourd'hui un bilan de premier mois d’interne d’anesthésie.

Un rythme de vie agréable

vacance

Au niveau des horaires, l’anesthésie en hôpital périphérique est plutôt connue pour avoir des horaires agréables. En effet, je commence tous les jours à 7h45 le matin, habillé dans le bloc opératoire. Je termine généralement mes journées vers les coups de 15h30-16h, ce qui fait au total environ 8h par jour de présence à l’hôpital, repas de 30min compris. En comptant 5 jours de travail par semaine, j’arrive donc à environ 40h de présence à l’hôpital : normal pour un travailleur lambda, mais très correct pour un interne en médecine puisque mes collègues d’autres spécialités avoisinent plutôt les 70h/semaine… Personnellement, j’ai le temps d’aller boire des coups le soir !

A quoi consiste mon job ?

infirmier

Pour le moment (et pendant un long moment encore je pense…), j’apprends à faire l’IADE (infirmier anesthésiste diplômé d’état) !

Le matin, une fois arrivé dans le bloc opératoire, un petit staff de 20-30 minutes a lieu entre Médecin Anesthésiste-Réanimateur (MAR). Nous discutons de l’ensemble des patients prévus pour la journée concernant les potentielles difficultés que nous allons rencontrer : intubations difficiles, trouble de la coagulation, urgences de la nuit rajoutées au programme, etc.

A la fin de cette réunion de service, je choisi un bloc où passer ma journée en fonction du programme prévu. Puis je m’y rends accompagné d’une IADE afin de préparer le bloc : initialiser le respirateur, préparer les médicaments, préparer le matériel (perfusions, cathéters, etc.).

Une fois la salle prête à accueillir le patient, nous allons le chercher en salle d’induction en compagnie des IBODE (infirmier de bloc opératoire diplômé d’état). S’en suit un léger interrogatoire visant à effectuer quelques vérifications de dernières minutes : identité du patient, opération à effectuer (avec le côté !), antécédents médicaux, etc.

Dès que le patient est confortablement installé sur la table opératoire, on équipe le patient : perfusion (VVP), scope, PNI ou cathéter artériel, etc. Enfin, mon véritable job commence !

Je discute avec le Médecin Anesthésiste-Réanimateur des médicaments qu’il va utiliser pour l’anesthésie et je me place à la tête du malade.

S’il s’agit d’une anesthésie générale, on pré-oxygénate le patient et s’en suit ma tentative d’intubation lorsque la sédation est suffisante... Non non, je ne réussi pas encore à tous les coups… Une fois le patient intubé, je règle le respirateur selon les paramètres du patient. Autrement, s’il s’agit d’une rachianesthésie ou d’une anesthésie loco-régionale, j’assiste mon chef en essayant de pratiquer de plus en plus afin d’acquérir une certaine autonomie sur ces gestes techniques petit à petit. Sans pression.

Après cette phase d’induction, voilà la phase d’entretien de l’anesthésie. Je dois alors surveiller les fonctions vitales du malade sur les moniteurs : toujours prêt à injecter les drogues nécessaires (éphédrine, atropine, sufentanil, curares, etc.).

Enfin, quand l’opération est terminée, il faut pousser le patient en salle de réveil (SSPI), où il sera surveillé par des infirmières jusqu’à ce qu’il puisse sortir en service conventionnel ou rentrer chez lui s’il s’agit d’une prise en charge ambulatoire. Durant cette période, je dois également gérer les antalgiques post-opératoires (afin que la douleur soit supportable par le patient) et les nausées / vomissements post-opératoires (NVPO). Cela peut faire peur au début mais finalement c'est toujours les mêmes médicaments à manier.

Mon ressenti personnel

vvc

Honnêtement, je trouve que j’ai mis assez longtemps à trouver ma place au bloc opératoire. C’est très impersonnel, perturbant et intimidant de voir un malade allongé sur un table d’opération, en croix, au milieu d’un bloc.

De plus, malgré mes 6 années de médecine, je n’ai pu acquérir absolument aucune pratique sur les gestes (même simples) qui doivent être effectués au bloc. En effet, rien que scoper ou positionner correctement les malades demande un peu de pratique pour avoir des gestes assurés. Je ne parle pas des voies veineuses périphériques (perfusions) que je rate 1 fois sur 2… C'est franchement gênant pour moi aux yeux du patient, mais bon il faut bien que j’apprenne…

Idem pour l’intubation oro-trachéale : il m’a bien fallu quelques temps pour comprendre exactement comment faire. Et encore aujourd’hui, après une petite cinquantaine de tentatives, je pense en réussir la même pas la moitié seulement… En revanche, je n’ai eu aucune difficulté à mettre en place les masques laryngés : les i-GEL® sont très pratiques !

J’ai également eu la chance de poser des cathéters artériels, des voies veineuses centrales sous échographies, des rachianesthésies, des sondes gastriques, des sondes urinaires ou encore des sondes thermiques. C'est très sympa, surtout si vous aimez les gestes techniques comme moi !

Ce qui est délicat à mon goût, c’est que chaque anesthésiste et chaque IADE possèdent leurs propres techniques, leurs propres méthodes, leurs trucs et astuces, leurs TIC. Cela complique franchement la tâche puisqu’il y a autant de façons de faire que ce qu’il y a de personnes qui te disent comment le faire. Au final, j’ai eu l’impression de ne jamais faire comme il fallait ! Et ceci même quand je réussissais à faire le geste…

Connaissances théoriques

Le livre de l'interne en Anesthésiologie

Hormis ces difficultés d’ordre pratique qui nécessitent seulement quelques jours / semaines / mois pour prendre ses marques, je faisais face au tout début de l’internat à des difficultés d’ordre théorique.

En effet, je n’avais aucune idée des posologies et des modalités d’administration des différents médicaments d’anesthésie (hypnotiques, analgésiques et myorelaxants). J’ai donc dû passer beaucoup de temps, au bloc et le soir chez moi, à apprendre ces choses indispensables. D’autant plus qu’il faut apprendre à réaliser quelques mécaniques intellectuelles de routine comme les dilutions et les conversions de milligrammes / microgrammes en millilitres pour chaque médicament dans les seringues.

De même pour la ventilation mécanique : c’est le principal job du médecin anesthésiste-réanimateur, il n’y a que nous qui en faisons ! Et pour le coup on part vraiment de zéro après les ECN ! Cela m’a pris beaucoup de temps à me former pour connaître les bases… Et je suis très loin d’en comprendre toutes les subtilités…

Pour ces connaissances théoriques, j’ai la chance de bénéficier de cours magistraux durant 1 demi-journée par semaine dans ma subdivision, ainsi que des séminaires de quelques jours plusieurs fois dans l'année en commun avec les DESAR1 d'autres subdivisions adjacentes.

J’ai également opté pour l’achat de 2 bouquins : l’Atlas de poche d’anesthésie et Le livre de l’interne d’anesthésiologie, comme j'en parle dans mon précédent article sur mon premier jour d'interne en médecine. Ils sont vraiment bien faits et leur format sont au top pour l’avoir dans les poches et les lire en pause, en garde, dans les transports, chez soi ou même au bloc opératoire durant les opérations un peu longues.

En conclusion

L’anesthésie était un monde totalement inconnu pour moi, comme pour beaucoup de nouveaux internes DESAR j’imagine. Après quelques semaines où j’étais totalement perdu, au point de ne pas savoir où me placer dans le bloc, je commence enfin à comprendre ce que je fais et à apprécier mon job !

C’est vraiment passionnant et différent d’un bloc à l’autre, contrairement à ce qu’on peut penser. Cependant, il me reste tellement de choses à savoir et à savoir faire ! J’ai l’impression d’avoir une nouvelle montagne à gravir, après celle de la PACES et celle des ECN

A bientôt les amis, je vais dormir un peu puisque je sors de garde ! :-)

PS : la suite de mes aventures est déjà publiée dans cet article sur mon 2e mois d'internat en anesthésie-réanimation !