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Bilan de mi-stage en Anesthésie Pédiatrique

Bilan de mi-stage en Anesthésie Pédiatrique

Voilà presque 1 mois et demi que mon 3e semestre d'internat en Anesthésie Pédiatrique a commencé. C'est donc l'heure du bilan !

Comme je le racontais dans mon article précédent, prendre en charge des enfants a un petit côté effrayant, dans le sens où on a tendance à les imaginer fragiles et donc commettre la moindre petite erreur peut avoir de lourdes conséquences...

Au quotidien, les chefs les plus âgés qui m'accompagnent me racontent comment se passait l'anesthésie infantile à leur époque et je constate que cette partie du métier s'est considérablement développée et a fait d'énormes progrès. Ceci a tel point que l'anesthésie pédiatrique devient presque une sur-spécialité. Je veux dire par là que les particularités de l'anesthésie pour les enfants sont nombreuses et les techniques pour endormir un enfant diffèrent de plus en plus de ce que l'on peut faire chez l'adulte. D'autant plus que ces techniques varient avec les différents âges des enfants. On ne va pas endormir de la même manière un nourrisson de quelques mois seulement et un adolescent de 15 ans !

Même s'il existe des services dans des grands centres hospitaliers qui s'occupent uniquement de chirurgie et d'anesthésie pédiatrique, avec des chirurgiens et des médecins anesthésistes formés et spécialisés dans la prise en charge des enfants, la plupart des blocs opératoires prennent en charge des patients tout venant, c'est-à-dire en majorité des adultes mais aussi quelques enfants. Ainsi, tout médecin anesthésiste-réanimateur doit être à l'aise dans l'anesthésie de l'enfant...

Toute la difficulté est là : même si je ne compte pas me spécialiser dans l'anesthésie pédiatrique, je serai forcément amener à endormir des enfants au cours de ma carrière. Cela nécessite donc d'être bien formé puisque la quantité de connaissances théoriques à apprendre et de compétences techniques à maîtriser sont nombreuses, d'autant plus que mon stage ne dure que 3 mois seulement...

Un véritable challenge qui nécessite d'être impliqué dans ma formation tous les jours pour ne pas faire d'erreurs plus tard, quand je serai chef...

Mon travail au quotidien

Mon quotidien est assez similaire d'un jour à l'autre.

Plusieurs salles tournent en même temps, avec des spécialités chirurgicales très variées. Celles-ci concernent notamment la chirurgie digestive (où l'on peut voir des occlusions intestinales, des hernies inguinales, des appendicites, quelques tumeurs abdominales, etc.), l'urologie (circoncision médicale ou religieuse, reflux vésico-urétéral, etc.), la chirurgie orthopédique (fractures, scolioses, etc), la chirurgie plastique (pansements de brûlures, etc.), l'ORL (fentes labio-palatines, végétations, pose d'aérateurs trans-tympaniques, etc.), l'ophtalmologie (cataracte, strabisme, etc.), la chirurgie cardiaque (malformations principalement), la neurochirurgie (tumeurs intracrâniennes, traumatismes crâniens, etc.) ou encore des soins dentaires.

Le programme opératoire se déroule essentiellement le matin. J'arrive vers 7h30, en tenu de bloc opératoire, pour initialiser les respirateurs d'anesthésie avec les IADE. Les enfants sont appelés pour 7h45 afin que les différentes opérations débutent vers 8h. Dans chaque bloc opératoire, sont toujours présents un médecin anesthésiste-réanimateur sénior, un IADE et un interne ou un étudiant IADE, en plus de l'équipe chirurgicale. Ceci est valable pour l'induction anesthésique et le réveil seulement : évidemment qu'entre les 2, nous nous relayons pour boire un café (plusieurs cafés en vérité !).

Généralement, le programme opératoire réglé se termine vers 14h, quand il n'y a pas de retard...

Ensuite, nous nous occupons des opérations urgentes qui se rajoutent.

Puis dans l'après-midi, nous allons voir les jeunes patients hospitalisés qui seront opérés le lendemain, afin de régler tous les petits problèmes de dernières minutes et de vérifier que tout est bon pour que l'opération puisse se réaliser dans les meilleurs conditions.

Les points positifs

Les avantages de l'anesthésie pédiatrique, pour moi, concernent surtout la diversité des pathologies traités et des techniques anesthésiques. Comme dit précédemment, dans un même bloc opératoire on collabore avec des chirurgies de spécialités très différentes. C'est très enrichisssant.

La diversité du métier se retrouve aussi dans les différences d'âge entre les patients. Dans la même matinée, on peut endormir un petit nouveau-né de quelques jours seulement puis un adolescent de 16 ans ! C'est vraiment cool !

Les techniques d'anesthésie sont franchement très variés. Chez l'adolescent, on a tendance à utiliser les mêmes techniques que chez l'adulte, que ce soit pour les anesthésies générales ou les anesthésies locorégionales. En revanche, chez les plus petits, on a recours a d'autres techniques, comme un bloc maxillaire en ORL ou une anesthésie péridurale caudale en chirurgie digestive / urologique.

Concernant la mise en place de voies veineuses périphériques : c'est un vrai défi ! Les IADE sont vraiment trop fortes, c'est exceptionnel ! Chez les plus petits, les veines des mains et des bras sont tellement petites qu'on est souvent obligé de perfuser sur des endroits improbables, comme sur le crâne ou sur les pieds. C'est un véritable challenge à chaque fois mais c'est franchement formateur !

Les points négatifs

Pour moi, les inconvénients de ce stage c'est que je le fais trop tôt dans mon cursus ! En effet, je ne me sens pas encore totalement à l'aise dans l'anesthésie d'un adulte alors apprendre les particularités de l'enfant, c'est peut être trop tôt. Ceci d'autant plus que je sortais tout juste d'un semestre en médecine intensive - réanimation, et mes connaissances d'anesthésie étaient loin derrière moi !

C'est pourquoi, il m'a bien fallu un bon mois pour me réhabituer à l'anesthésie et à me remémorer mes connaissances acquises durant mon premier semestre d'internat ! Finalement, il me rester uniquement 2 mois d'apprentissage de cette sur-spécialité de mon métier : c'est pas beaucoup ! Et ça fait un peu peur...

Ce qui diffère de l'adulte, ce sont principalement les inductions. En effet, l'induction chez l'adulte se fait généralement par des injections de médicaments hypnotiques intraveineux (#propofol). Or, cela nécessite d'avoir une perfusion en place. Les enfants, notamment les petits, sont trop agités pour que l'on puisse poser une perfusion confortablement quand ils sont réveillés. C'est pourquoi on a tendance à faire des inductions inhalatoires, c'est-à-dire utiliser des gaz anesthésiques. Une perfusion de sécurité sera ensuite posée dans le calme, une fois que l'enfant sera endormi. Cependant, imaginez la situation suivante : un bébé que l'on force à respirer dans un masque un gaz ayant une odeur étrange. Evidemment, il s'agite, se débat et pleure à grandes larmes : c'est l'anarchie dans le bloc et plusieurs personnes sont nécessaires pour le contentionner physiquement... C'est très perturbant au début, cela donne l'impression de les agresser...

Un des autres points négatifs de ce stage, c'est que je fais mes gardes de nuit et de week-end en salle d'accouchement en gynécologie-obstétrique, alors que je n'en ai jamais fait officiellement avant... C'est bizarre, mais c'est comme ça et je n'ai pas le choix.

En conclusion

En conclusion, ce demi-stage d'anesthésie pédiatrique est franchement intéressant et formateur. J'apprends beaucoup de particularités de ce métier très vaste et diversifié. En revanche, je trouve que j'y passe trop tôt dans mon cursus puisque je ne suis pas encore totalement à l'aise dans l'anesthésie de l'adulte et qu'il y a énormément de choses à savoir et à retenir pour prendre en charge des enfants. Des choses que je ne reverrai probablement plus au cours de ma formation. Ce que j'apprends donc aujourd'hui, ce sera mes connaissances en pédiatrie pour toute ma carrière...

Pour compléter ce que j'apprends en stage à l'hôpital, je lis régulièrement le livre du MAPAR et je me suis offert pour Noël le livre Principes et protocoles en anesthésie pédiatrique que l'on m'a conseillé. J'essaierai de le lire quand j'aurai le temps !

Finalement, j'avais peur de l'anesthésie pédiatrique et ce stage me rassure. Au bout d'un mois et demi, j'y suis presque à l'aise !

A bientôt !