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Bilan de mi-stage en Médecine Intensive - Réanimation

Bilan de mi-stage en Médecine Intensive - Réanimation

Voilà plus de 3 mois que je suis interne en service de réanimation médicale, récemment renommée service de Médecine Intensive - Réanimation depuis la séparation des spécialités d'Anesthésie-Réanimation et de MIR. Il est donc venu le temps de faire un bilan de mi-stage afin de suivre ma progression.

Au quotidien, je n'ai pas la sensation d'avoir beaucoup progressé... Pour vous dire, j'étais même parti pour écrire cet article sur un ton un peu sombre... Probablement à cause de la fatigue accumulée et du surmenage depuis le début du semestre. En effet, je trouve que la MIR demande beaucoup d'efforts, que ce soit intellectuels ou même physiques, beaucoup de sacrifices personnels (pas le temps d'avoir de loisirs, etc), ce qui signifie une hygiène de vie presque irréprochable. Pour vous décrire ma semaine type : je travaille du lundi au vendredi de 8h à 20h et le samedi matin jusqu'à 13h. A cela s'ajoute les gardes de nuit ou de weekend, à raison de 1 à 2 par semaine... Cela fait au final un total d'environ 85 heures travaillées chaque semaine... Vous pouvez imaginer pourquoi je suis crevé et pourquoi j'ai moins d'entrain actuellement pour cette spécialité ! Rien à voir avec la qualité de vie de l'anesthésie de mon précédent stage, mais le métier est clairement beaucoup plus passionnant intellectuellement. Finalement, je suis bien content d'avoir choisi un internat d'anesthésie-réanimation plutôt qu'un internat de MIR !

Pour préparer cet article, j'ai donc relu par curiosité mes articles précédents sur les raisons qui m'ont poussé à choisir ce stage de MIR et l'article concernant mon bilan après 1 mois de MIR. Et bien croyez-le ou non : je ne suis plus du tout le même homme ! J'ai carrément grandi : médicalement bien entendu, mais aussi humainement et personnellement.

Après réflexion, je me rend compte aujourd'hui qu'au début du semestre j'étais complètement dépassé, dès même mon arrivée le matin dans le service. Je n'arrivai même pas à retenir les noms de mes patients. Alors je ne vous parle pas des antécédents ou des traitements... J'avais l'impression de ne rien comprendre du tout et de ne pas être à ma place. J'étais un vrai boulet ! Aujourd'hui, j'ai bien évolué : j'arrive à gérer 3 ou 4 lits convenablement. Je ne me prend plus trop de tacles assassins à la limite de l'humiliation par mes chefs...

La première chose qui m'a sauté aux yeux, c'est que j'ai énormément gagné en confiance : en moi, en mes connaissances et en mes compétences. Je me rend compte aujourd'hui qu'en début de semestre j'étais finalement assez stressé et inhibé dans mes relations avec mes chefs (que ce soit au staff ou aux visites) et avec les différents intervenants (pompiers, SAMU, etc). Aujourd'hui je suis tellement plus décontracté !

Cette prise de confiance s'est faite progressivement, avec la répétition quotidienne des admissions de patients graves que j'ai eu à gérer. Les chefs ont été présents pour m'aider au début, puisque j'étais assez vite dépassé, mais j'ai aujourd'hui vraiment progressé et je suis capable de faire des "petites" admissions en solo, sans que mon sénior n'aille trop vérifier mes prescriptions. Par exemple, j'ai pu prendre en charge tout seul la nuit des exacerbations sévères de BPCO, des OAP ou encore des chocs septiques.

Ayant fait un premier semestre en anesthésie, j'ai commencé ce semestre plutôt à l'aise sur tout ce qui était geste technique : intubation, pose de cathéter veineux central et cathéter artériel. En revanche, j'étais effectivement très en retard sur le côté théorique. En effet, je n'avais finalement pas eu l'occasion d'examiner des malades, de réfléchir à un diagnostic ou encore de prescrire des traitements... Et ça, c'est finalement le job de médecin !

En 3 mois de médecine intensive - réanimation, je trouve que j'ai énormément progressé sur l'examen clinique de patients graves et le raisonnement médical au lit du patient. D'ailleurs sur ce point, je trouve que la rédaction des courriers de sortie d'hospitalisation, chose extrêmement chiante je vous l'accorde, permet finalement de revoir le dossier et y réfléchir à tête reposer, de comprendre certaines choses a posteriori et d'apprendre pour des cas similaires futurs. Et mine de rien ça fait beaucoup progresser !

Ecrire des courriers c'est ennuyant à mourir, mais objectivement cela m'a permis d'apprendre à synthétiser des dossiers cliniques et d'arriver à distinguer ce qui est important de ce qui ne l'est pas. Au total, cela m'a permis d'organiser correctement mes idées sur mes patients et donc de mieux les présenter en staff, aux visites avec mes chefs ou aux autres médecins de l'hôpital.

garde de nuit medecine

J'ai également remarqué qu'en début de semestre j'étais beaucoup plus à l'aise en garde de nuit plutôt que dans le suivi des patients en journée. En fait j'ai réalisé que la nuit, l'objectif est finalement de garder les patients vivants et stables jusqu'à la journée suivante où des médecins en nombre suffisant et en pleine forme intellectuelle puissent avancer sur le diagnostic et la prise en charge. Les traitements instaurés en garde sont souvent des traitements seulement à but symptomatique : contrôler l'hémodynamique et la respiration. Les réflexions sur les étiologies sous-jacentes se font tranquillement à tête reposée en staff ou durant la visite du matin. Et bien c'est dans ces situations de garde nocturne que je suis le plus à l'aise je trouve, puisque cela nécessite moins de réflexion et moins d'expérience : il suffit en fait de savoir intuber et de prescrire de la Noradrénaline ! En revanche, dans le suivi et l'évolution au quotidien des patients, j'étais une catastrophe en début de semestre et je trouve, en y repensant, que j'ai énormément progressé. Je suis plutôt content sur ce point, mais j'ai énormément de progrès à faire !

Pour continuer à vous parler de mes progrès, je peux dire honnêtement que j'ai bien progressé sur la ventilation (invasive ou non), sur les antibiothérapies, sur la prise en charge des troubles du rythme supraventriculaire et sur tout ce qui concerne la ré-équilibration hydro-électrolytique. En bref : sur tous les petits problèmes quotidiens d'un médecin réanimateur quoi !

Finalement, je me suis lancé dans l'écriture de ce bilan de stage en étant un peu "blasé" voire déçu de ma progression que je trouvais insuffisante, mais qui en analysant de plus près, est plutôt rassurante je trouve. Comme quoi, faire des bilans objectifs de sa progression, c'est bénéfique !

A bientôt pour un bilan de fin de stage chers amis !