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Déclin du Covid-19, fin de semestre

Déclin du Covid-19, fin de semestre

Quand je repense à ce qu'il s'est passé ces quelques derniers mois, c'est-à-dire depuis le début de l'année 2020 : je constate qu'il y a eu énormément de changements dans ma vie ! Cette période a été éprouvante, mais j'en ressors grandi. Et c'est le moment d'en faire le bilan.

Mettons de côté les aspects personnels, notamment ma séparation avec ma copine et un déménagement chaotique, et concentrons-nous sur le côté professionnel, médical, en cette période de déconfinement après la pandémie de Coronavirus.

Un semestre d'internat saccadé

Comme vous pouvez le savoir si vous me lisez régulièrement, j'ai commencé mon 3e semestre d'internat d'Anesthésie-Réanimation en novembre, en couplant un stage de 3 mois d'anesthésie pédiatrique avec un stage de 3 mois en gynécologie-obstétrique.

La chirurgie infantile

A posteriori, je ne retiens de mes 3 mois passés en chirurgie infantile que de mauvais souvenirs. N'étant qu'en 3e semestre et en sortant d'un stage de réanimation médicale, j'ai dû reprendre les bases de l'anesthésie. Cela ne m'a pas du permis d'apprendre les particularités de l'anesthésie chez l'enfant. Et ceci d'autant plus que le stage a été extrêmement court !

En outre, les médecins anesthésistes séniors n'étaient pas particulièrement sympas ni pédagogues, je n'en retiens qu'une mauvaise expérience.

Je n'ai clairement pas pu remplir mes objectifs fixés en début de stage. Les seules connaissances que j'en ai retenues proviennent de ma formation personnelle en lisant chez moi le livre "Principes et protocoles en anesthésie pédiatrique" et en utilisant au bloc opératoire le MAPAR.

Personnellement, j'ai été bien content de terminer ce stage pour changer et passer en Gynécologie-Obstétrique. Cependant, profesionnellement je trouve que j'ai de grosses lacunes en pédiatrie et je me demande s'il ne serait pas judicieux de faire un nouveau stage en fin d'internat... A réfléchir !

La Gynécologie-Obstétrique

Là c'est le coup de coeur !

La maternité peut faire peur à beaucoup d'anesthésistes. En effet, les patientes y sont jeunes, souvent en bonne santé, et portent au moins une deuxième vie à l'intérieur de leur ventre... De plus, la présence d'un anesthésiste en salle d'accouchement signifie généralement que la situation tourne mal... Et des situations qui tournent mal chez des patientes qui allaient bien il y a quelques heures, c'est horrible !

Cependant, l'adrénaline que procure certaines situations graves et urgentes, ainsi que la satisfaction d'avoir pu soulager les patientes après une pose de cathéter de péridurale, m'ont donné de très bons souvenirs de ce stage.

C'est clairement pour moi le meilleur stage de mes 3 premiers semestres. D'autant plus que les médecins séniors étaient tops ! En complément de ma formation pratique à leurs côtés au quotidien, ils m'ont conseillé de lire le livre "Anesthésie-réanimation obstétricale", très accès sur la physiopathologie obstétricale. Un pur régal !

Mes objectifs de début de stage ont clairement été plus que rempli, les péridurales n'ont plus de secret pour moi, et je me verrais même travailler dans un tel service plus tard !

La réanimation improvisée

Et puis finalement, en fin de semestre, il y a eu cette pandémie de Coronavirus qui nous a fait prolonger notre stage de 1 mois. Branle-bas de combat dans tous les hôpitaux de France et du monde, nous avons dû faire face à un afflux massif de patients extrêmement graves. Ceci à tel point que les services de réanimation conventionnels ont été très vite saturés et de nouveaux services de réanimation ont dû être créés dans des endroits improvisés, en particulier dans les salles de réveil et dans les blocs opératoires.

Tout le personnel soignant était sur le pont, dans une ambiance finalement pas si désagréable comme on pourrait le penser. En effet, tout le monde voulait aider, avec une certaine bonne volonté, sans que personne ne connaisse vraiment la prise en charge idéale de cette pathologie émergente. D'ailleurs, ce fut assez frustrant de lire de multiples recommandations différentes, émises par des sociétés savantes variées, qui pouvaient se contredirent entre-elles. Il fallait constamment trier les informations, se mettre à jour et adapter la prise en charge des patientes au jour le jour, au fur et à mesure des avancés de la recherche scientifique médicale.

Ce fut une expérience extrêmement enrichissante, autant sur le plan personnel que professionnel. La période la plus difficile a duré quelques semaines, mais je pense que c'est durant cette phase que j'ai le plus gagné en autonomie et en compétence au niveau médical. C'était très dur, j'ai fait de très nombreuses heures à l'hôpital, quasiment plus de 100 h/semaine au moment du pic d'activité, mais j'en ressors grandi, vraiment grandi.

En conclusion

Pour conclure cet article et ces 7 mois de stage au CHU, je dirais que je suis passé par tous les états émotionnels possibles. J'ai tout d'abord détesté la pédiatrie, puis j'ai adoré l'obstétrique. La crise du Covid-19 a été extrêmement difficile, fatiguante, éprouvante, mais m'a permis de grandir au niveau professionnel, de franchement m'autonomiser et j'en retire une grande fierté d'avoir pu aider des personnes, des familles.

J'ai rencontré des personnes fantastiques, de tout horizon, de tout corps de métier : aussi bien des infirmières, des aide-soignants, des internes, des étudiants, que des cuisiniers ou des ASH hyper-impliqués !

Le moment le plus émouvant, dont je me souviendrai toute ma vie, a été le premier patient que j'ai extubé et qui a pu faire un appel visio avec sa femme et ses enfants... J'en avais les larmes aux yeux...

Maintenant que tout ceci semble rentrer dans l'ordre, que les réanimations improvisées ferment les unes après les autres, que l'activité chirurgicale au bloc opératoire reprend progressivement, je profite enfin de quelques jours de repos pour me détendre, lire et penser à autre chose. Ceci me permettra d'être en forme pour attaquer un nouveau semestre dès le 2 juin : en réanimation chirurgicale cette fois, toujours au CHU ! En attendant, j'espère que nous français respecterons bien les mesures barrières pour réussir ce déconfinement sans avoir une deuxième vague trop importante. Dans le cas contraire, je serais prêt à de nouveau m'impliquer dans les réanimations !