Karadocteur Menu

Moitié de premier semestre d’internat, déjà !

Moitié de premier semestre d’internat, déjà !

Cela fait déjà plus de 3 mois que je suis interne en anesthésie-réanimation… Qu’est-ce que ça passe vite, c’est incroyable ! Déjà la moitié de mon semestre terminée ! Je ne pourrai bientôt plus me trouver comme excuse d’être seulement en premier semestre quand un chef me pose une colle… Mais je sens déjà que ne suis plus la même personne : le temps où je n’étais qu’un bébé externe commence à être loin derrière.

Dans cet article, je vous fait le bilan de mon évolution à mi-stage.

Sur le plan théorique

Comme je commençais à le remarquer après 1 mois d'internat seulement, mes progrès au niveau théorique en anesthésie sont nettement visibles (enfin, c’est ce que je ressens !). Je me surprends moi-même à connaître et à comprendre tout un tas de choses au bloc opératoire dans ma pratique quotidienne. Je remercie d’ailleurs les IADE pour avoir pris beaucoup de temps à me former.

Société Française d'Anesthésie-Réanimation

Et c’est vrai que du temps, côté anesthésie, ce n’est pas ce qui manque… Surtout lors d’opérations longues où le patient est stable. J’ai ainsi pu profiter de ces « temps morts » pour lire des cours et autres recommandations de la SFAR (qui sont très bien faites !), ce qui m’a permis de progresser énormément.

J’ai également utilisé mon temps libre certaines après-midi où les blocs opératoires fermaient relativement tôt (vers 15h) pour réviser tranquillement chez moi les topos sur SIDES mis à disposition pour notre formation durant la phase socle du DESAR-MIR. Certains sont vraiment très bien faits, d’autres moins… Des amis de ma promotion ne s’y sont jamais connectés, mais personnellement je pense que c’est une bonne chose : c’est enrichissant à raison d’une heure par jour maximum, après je décroche et je sors boire une petite bière entre amis !

Aujourd’hui, je suis enfin capable de discuter avec / questionner mes IADE et les médecins anesthésistes sur les prises en charges des patients. Chose que j’étais incapable de faire il y a quelques mois par manque cruel de connaissances, puisque l’anesthésie n’était pas au programme des ECN (ancien concours de l’internat en fin de 6e année de médecine).

Ainsi, je suis loin d’être un expert mais je progresse ! Et j’en suis content.

Sur le plan pratique

Au niveau de la pratique, je commence franchement à être à l’aise partout : l’intubation et la pose de voies veineuses périphériques n’ont quasiment plus de secrets pour moi ! Je suis même content d'être appelé pour aller en poser dans les étages !

Je trouve honnêtement que je manage plutôt bien les inductions : aussi bien quand je « prends la tête » que quand je « pousse les seringues ». Chose qui, là aussi, n’était pas une réussite au début !

Pousser les drogues

En effet, la première fois que mon chef m’a proposé de « pousser les seringues » lors de l’induction anesthésique, j’ai un peu paniqué puisque je ne m’y attendais pas du tout : je me suis alors retrouvé avec le plateau de drogues dans une main, tout chétif, devant un patient encore plus anxieux que moi qui devait se dire « fait pas de conneries stp, je veux vivre ! ».

perfusion

Puis là, un sketch : petit trou de mémoire sur l’ordre des drogues à injecter puis évidemment sur les posologies, manque sévère de dextérité avec chute d’une seringue au sol puis pour couronner le tout, j’ai tourné le robinet du mauvais côté... Le propofol est alors parti dans l’isofundine® et non dans le patient alors que j’avais déjà injecté un peu de kétamine… Résultat : le patient commençait à avoir quelques hallucinations et moi je me suis retrouvé à presser de toutes mes forces la poche d’isofundine® pour faire couler le propofol vers le patient… Quelle honte !

Enfin bref, ce moment est terminé et maintenant je suis plus serein : ouf ! Serein également pour tout ce qui concerne les gestes techniques stériles : la pose de rachianesthésies, de cathéters artériels ou de voies veineuses centrales. Je suis parti de très loin, je suis conscient d'avoir été une véritable catastrophe au début, mais là aussi je progresse !

Finalement, l'internat c'est fait pour ça aussi : on bachote des bouquins pendant 6 années sans trop pratiquer de geste technique, et on arrive quasiment manchot à l'internat. J'essaie de faire de mon mieux, mais heureusement que je suis encore encadré par des chefs, du moins pour le début.

Premières péridurales

Pour vous poser le contexte, dans le service où je suis actuellement en stage, les péridurales à la maternité se posent quasiment dans les derniers instants du travail et sont donc toutes réalisées par les médecins séniors. Ainsi, les MAR n’appellent pas les internes pour ça : même pas pour voir…

Anesthésie péridurale

Il était environ 21h quand je mangeais avec un chef très sympa et pédagogue, mais qui aime se coucher tôt pour dormir... Son téléphone sonna, il se leva et me dit : « péridurale à la mater’ ». Moi, avide de connaissances, je lui ai demandé si je pouvais venir observer pour une fois. Ni une ni deux, nous voilà dans salle d’accouchement : mon chef s’habille en stérile, moi je regarde de loin. Il m’explique tout de A à Z, c’était vraiment enrichissant et ça avait l’air facile (même si la grosse aiguille fait peur !) …

Une fois sortie de la pièce, il se dirige vers le bureau des sages-femmes et lance, sans que je sois prévenu : « ce soir vous appellerez mon interne pour poser toutes les péridurales, et il m’appellera seulement en cas de difficulté » …

Panique dans ma tête ! Je n’ai pas pu dormir de la nuit par peur d’être appelé en urgence alors que je n’en avais jamais posé une ! Dans ma tête, je devais prendre une décision rapidement et il y avait 2 possibilités : soit refuser en admettant que je ne m'en sentais pas capable et donc prendre le risque de ne pas apprendre à en poser avant un bon bout de temps, soit apprendre sur le tas. Evidemment, je suis joueur et j'aime le stress : donc j'ai accepté. Je pense vraiment qu'il faut profiter de l'internat pour être nul, faire des erreurs et apprendre un maximum de choses. Ce n'est pas après quand on sera vraiment chef et responsable qu'on pourrait se permettre de découvrir et d'être mauvais.

J’ai donc été appelé pour 3 péridurales à poser dans la nuit ! Lors des 2 premières, j’ai dû faire appeler mon chef parce que c’étaient des échecs cuisants… Mais la troisième, vers 4h du matin, fut une glorieuse réussite !

Franchement, ce fut une garde stressante mais passionnante, une fois de plus.

Et finalement, aujourd’hui, même en journée quand ce chef est responsable de la maternité, il m’envoi poser les péridurales tout seul. C’est plutôt cool pour un premier stage d’anesthésie !

Points à améliorer

Comme à mon habitude, mon bilan de stage doit contenir des points positifs et des points négatifs à améliorer. Une sorte de revue morbi-mortalité (RMM) sur mes expériences personnelles, afin de me permettre de progresser.

Ce mois-ci, je pense qu’il faut que je progresse énormément dans la gestion des crises d’urgence. En effet, un soir de garde encore, une patiente à fait un choc anaphylactique à la Célocurine®

scrubs

J’étais complètement obnubilé par les valeurs sur le scope : pas de tension, pas de pouls, etc. J’avais l’impression d’être dans une bulle ou dans un autre monde. Tout allait à la fois trop vite mais aussi au ralenti... Je voyais des gens courir partout. Le médecin sénior de garde criait des consignes, personne ne les exécutait. Quant à l’orthopédiste (gentil par ailleurs), il voulait absolument réduire la fracture à ce moment précis… Un beau bordel !

Dans l’urgence, je n’ai littéralement rien compris à ce qu’il se passait. Anesthésiste-réanimateur : c’est quand même le métier que j’ai choisi d’exercer, et même si je ne suis qu’en premier semestre, il me semble que je devrai arriver à gérer, ou ne serait-ce que comprendre, ce genre de situations, qui sur le papier me passionnent mais qui apparemment dans la vraie vie me cristallisent un peu sur place… J’espère que mon futur stage en réanimation me sera bénéfique sur cet aspect.

Conclusion

En conclusion, c'est une période assez étrange, je trouve, puisque d'un côté je me sens vraiment évoluer, grandir et m'épanouir professionnellement. En effet, je gagne petit à petit de l'autonomie puisque je suis capable de gérer de plus en plus de situations tout seul. En revanche, d'un autre côté, dès que je me retrouve face à une situation inattendue, je redeviens vite perdu en retrouvant mes attitudes de bébé externe... On pourrait dire que je me sens pousser des ailes que l'on coupe dès que je sors de ma routine.

J’ai donc encore de très gros progrès à faire, mais finalement je suis peut-être un peu gourmand en voulant aller plus vite que la musique : je ne suis qu’en premier semestre, pour quelques mois encore...

J'imagine que vous aimeriez savoir comment s'est terminé ce stage ? Alors je vous invite à lire mon bilan de fin de premier semestre !