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Changer de ville pour l'internat de médecine

Changer de ville pour l'internat de médecine

Comme je l’explique dans un article précédent, les épreuves classantes nationales correspondent à un concours qui permet de classer les 9000 étudiants en 6e année de médecine de France. A la suite de quoi, ces derniers peuvent choisir, par ordre de mérite, une spécialité et une région d’exercice pour toute la durée de leur internat.

Après vous avoir raconté pourquoi j'ai choisi d'exercer l'anesthésie-réanimation dans un autre article, je vais vous raconter ici mon expérience et les galères passionnantes qui ont découlé de mon changement de ville/région pour l'internat !

Ma situation personnelle

Pour vous dépeindre le tableau : j’habite depuis tout petit dans le Sud de la France (comme je l’indique dans ma présentation), j’y suis très attaché et je suis très proche de ma famille. Je suis également en couple avec une fille qui est dans la même promotion que moi (nous avons passé les ECN ensemble), et dont sa famille n’habite pas très loin.

Plage ensoleillée

Comme vous pouvez vous en douter, dans l’idéal, nous souhaitions pouvoir exercer la spécialité de nos rêves, en restant ensemble dans des villes proches de nos familles (qui sont considérées comme des déserts médicaux…).

Mais la réalité nous a rattrapé ! Une poignée de jours après le concours, les résultats des ECN sont tombés…

Nous avons eu tous les deux de bons classements, suffisant pour avoir nos spécialités convoitées mais, d’après les statistiques des 10 dernières années, peut-être pas assez pour rester ensemble chez nous, dans le Sud, au chaud…

Panique à bord ! Il va falloir faire un choix cornélien : soit privilégier notre carrière pour avoir nos spécialités quitte à être dans des villes différentes et donc probablement se séparer, soit rester ensemble en optant pour des spécialités disponibles dans notre ville…

Après réflexion, nous nous sommes dit qu’après avoir travaillé aussi durement toutes ces années pour avoir une spécialité, nous opterons pour le premier choix : partir, changer de ville et quitter notre soleil ! Mais sans faire n’importe quoi non plus…

Les simulations du CNG

Avant de faire nos choix définitifs de spécialité et de ville en septembre, le CNG a mis en place des simulations où tout l’été les étudiants pouvaient faire des choix virtuels, modifiables jusqu’à la dernière minute.

calculs complexes

On a donc essayé de faire des probabilités : dans quelles villes pouvons-nous espérer avoir nos spécialités, ensemble ?

Mais ces probabilités se basaient uniquement sur l’honnêteté des autres étudiants… S’ils faisaient des fausses simulations : tout tombait à l’eau… Et cela arrive beaucoup plus qu’on ne le pense ! Beaucoup simulaient n’importe quoi pour espérer décourager les gens derrière eux et donc garder des postes pour leurs collègues moins bien classés. De nombreuses polémiques ont eu lieu à ce sujet dans ma faculté, portant notamment sur des coups de pression par téléphone mit à des étudiants pour qu’ils ne prennent pas tels ou tels postes convoités par d’autres personnes moins bien classées… Un scandale !

Ainsi, durant tout l’été, nous avons été obsédés par ces simulations en analysant l’évolution des choix des étudiants mieux classés que nous afin d’essayer de trouver une ville où nous pouvons être ensemble, en couple, avec nos 2 spécialités : un véritable casse-tête !

Réfléchir à une ville

En réalité, d’après nos déductions, grâce à nos classements nous pouvions avoir le choix entre pas mal de villes, mais comment se décider ? Difficile de sélectionner une ville que l’on ne connaît ni d’Adam ni d’Êve…

Villes accessibles pour l'internat de médecine

On a d’abord présélectionné 3 villes que l'ont aurait pu avoir les années précédentes selon plusieurs critères comme : la distance avec le Sud (plutôt l’accessibilité en voiture/train/avion et le temps de trajet), le climat et la qualité de la formation / le prestige de l’internat, les hôpitaux périphériques accessibles, la difficulté à obtenir un potentiel poste à l’hôpital, etc.

Ensuite, on s’est mis à se renseigner au maximum : on a rencontré beaucoup d’internes et de chefs afin de glaner des infos sur ces villes. Ils étaient tous très sympas bizarrement, contrairement aux échanges qu’on avait pu avoir avec eux en stage en tant qu’externe… Comme quoi, après les ECN on change vraiment de statut dans l’esprit de nos futurs confrères je trouve…

Puis on s’est lancé à l’aventure en partant visiter quelques jours chacune de ces 3 villes, afin de s’imprégner de leur culture, de rencontrer des habitants et des médecins du coin. On cherchait à avoir le coup de cœur et à s’imaginer vivre là-bas.

Et c’est ce qui s’est passé : on a eu une révélation pour une ville (je ne révélerai pas notre choix par soucis d’anonymat).

Les choix définitifs

Il faut savoir que lors des véritables procédures de choix en septembre, les étudiants les mieux classés choisissent en premiers et une fois validés, ils ne peuvent plus annuler, c’est définitif. Du coup, comme ma copine et moi-même étaient séparés de quelques centaines de places, nous ne choisissions pas en même temps : quelques jours de décalage… Un véritable supplice !

Imaginez la situation suivante : ma copine fait son choix définitif dans une ville et quand mon tour arrive, quelques jours plus tard, je n’ai plus de poste disponible… On se serait perdus dans 2 villes inconnues et différentes, loin de nos familles. C’était notre phobie, nous ne dormions plus !

Mais je vous rassure, cette histoire c’est bien terminée : nous avons obtenu nos spécialités convoitées dans une ville qui nous plaît ! Une chance qui n’est pas donnée à tout le monde, de proches amis en ont fait l'expérience…

Chercher un appartement

Stéphane Plaza

Les choix définitifs se terminent en septembre et nous prenons nos fonctions d’interne début novembre : cela nous laisse donc le mois d’octobre pour s’organiser, chercher un appartement à distance, déménager et s’acclimater à notre nouvelle vie… Pas facile, mais faisable.

Mais alors, quel calvaire de chercher un appartement dans notre situation !

On a commencé par définir nos besoins : un appartement d’au moins 40m2, proche des hôpitaux et du centre-ville. Deux possibilités nous sont alors apparues :

  • Soit on prend un appartement meublé au début, histoire de s’acclimater à notre nouvelle vie et pouvoir se retourner plus facilement sur place une fois que l’on connaîtra bien la ville, puisqu’il n’y a qu’un mois de préavis.
  • Soit on choisi un appartement non meublé directement pour quelques années, puisque le préavis est de 3 mois. Mais dans ce cas, il va falloir faire du camping le temps d’acheter un lit et des meubles, puis de les monter…

Nous ne nous sommes pas décidés sur le coup, on a préféré attendre de voir les offres disponibles le jour J… Surtout que certains appartements sont loués « non meublé » mais comportent presque plus de meubles qu’un appartement « meublé ». En effet, un « non meublé » avec une cuisine toute équipée est peut-être plus pratique qu’un « meublé » avec une petite kitchenette : il suffit juste de rajouter un lit et une table. A voir au cas par cas donc…

En revanche, la première chose compliquée : c’était d’être à distance, à l’autre bout de la France. Evidemment, les bailleurs ne veulent pas louer sans nous avoir rencontré et nous de notre côté, nous ne voulons pas louer un appartement sans l’avoir visité. C’est normal. Il a donc fallu bloquer quelques jours afin de se rendre sur place pour la deuxième fois déjà. Dès nos dates fixées, on s’est empressé de réserver le transport et l’hébergement.

Vient ensuite les recherches d’appartement : vis ma vie avec Stephane Plaza ! Pour cela, on a utilisé des plateformes sur internet comme LeBonCoin ou SeLoger.com, c’était bien pratique mais ça reste un véritable parcours du combattant !

En effet, ni les propriétaires particuliers ni les agences ne connaissent le statut d’interne en médecine. Ils nous assimilent tous encore à de petits étudiants et imaginent que nous n’aurons pas de salaire (ou alors un salaire misérable d’externe). Et il est très difficile de leur expliquer puisque nous n’avons pas de véritable statut défini, pas de promesse d’embauche, pas fiche de paie : rien, aucun document justificatif… Au final, certains ont même préféré nous refuser des visites et des agences ne nous ont jamais recontacté.

Nous avons donc, pendant 3 semaines, bataillé tous les jours pour négocier avec des bailleurs et essayer caler des rendez-vous de visites dans les dates où l’on était présent dans la ville… Un pur bonheur de devoir se vendre comme ça alors qu’on a des garanties bétons !

Fin de l’aventure

Nous nous sommes donc rendu à ces visites et avons eu la chance de trouver un appartement à notre convenance. Il ne reste donc plus qu’à déménager une bonne fois pour toute, ce qui fera déjà notre 3e aller-retour à travers la France en quelques semaines… Un véritable budget à prévoir : toutes nos économies d’externe y sont passées ! Surtout que pour me détendre durant cette période, je me suis offert une console Nintendo Switch...

Déménagement

Personnellement, j’en retiens quand même une bonne expérience.

C’était une période extrêmement riche en émotions : aussi bien stressante dans l’attente des résultats des ECN, angoissante dans l’incertitude de pouvoir être dans la ville que je souhaite avec les personnes que j’aime, mais aussi passionnante.

Passionnante parce que je trouve que le fait de changer de ville pour l’internat peut faire peur au début mais c’est un avantage au final.

Cela fait peur puisque l’on va quitter (enfin) notre cocon familial, nos amis, et tout ce qui nous définit, pour aller dans une région que l’on ne connait absolument pas, y exercer (ou plutôt apprendre) un métier difficile à hautes responsabilités. Et puis forcément, dans le nord : il n’y aura plus de soleil !

Mais le fait de tout quitter nous pousse à faire des démarches que nous n’aurions jamais faites (recherche d'appartement, changement de sécurité sociale / mutuelle, etc). Nous voyons autre chose que la médecine ! Enfin, c’est surement l’une des seules occasions de notre vie où nous avons la chance de pouvoir choisir une ville n’importe où en France pour aller y travailler et rencontrer de nouvelles personnes, voir de nouveaux endroits. C’est très enrichissant !

J’en suis content et je m’en sens grandi !

Enfin, je dis ça alors qu’on est encore sous le soleil de septembre : je ne tiendrai peut-être pas le même discours en février quand il fera -20°C dehors…

Pour connaître la suite, je vous propose de lire mon article concernant mes premiers jours d'interne en médecine.