Ma progression en réanimation polyvalente

Ma progression en réanimation polyvalente

Comme vous le savez peut-être si vous suivez régulièrement mon parcours à travers ce blog, j'effectue actuellement mon 6e semestre en tant qu'interne d'anesthésie-réanimation dans un service de réanimation polyvalente au sein d'un grand centre hospitalier universitaire français. Avec mon attrait pour les soins critiques et les urgences vitales, j'ai entamé ce stage début mai avec beaucoup de motivation. Ce semestre pourrait potentiellement être le dernier de mon internat en réanimation et de ce fait je me dois d'en apprendre le plus possible et de devenir au maximum autonome.

C'est pourquoi j'ai choisi d'effectuer 6 mois en réanimation polyvalente : un service qui prend en charge habituellement des patients en postopératoire de chirurgies très lourdes, dont notamment des chirurgies cardiaques, thoraciques, vasculaires, digestives et urologiques, mais également des patients médicaux lorsque les réanimations médicales sont saturées.

Objectifs initiaux

Mes objectifs en début de stage étaient de découvrir les particularités de la prise en charge de ces patients, notamment en ce qui concerne la gestion d'une circulation extracorporelle (CEC) et des différentes assistances cardiocirculatoires (ECMO, Impella, ballon de contre-pulsion intra-aortique, etc.).

De plus, je souhaitais progresser sur les différentes modalités d'épuration extrarénale et sur l'infectiologie en général. En effet, les dialyses et les prescriptions d'antibiotiques sont des sujets que je trouve très complexes, voire quasiment mystiques. En début d'internat, j'avais même l'impression que leur maîtrise était réservée à des vieux gouroux de la médecine, or finalement en s'y intéressant de plus près, quotidiennement, j'ai l'impression de bien progresser et j'ai envie d'en apprendre davantage.

D'ailleurs, j'ai pris le temps de rédiger un article récemment concernant les meilleures sources à utiliser pour la formation initiale et continue en anesthésie-réanimation.

Un sentiment d'ambivalence

Durant les premières semaines voire les premiers mois du stage, toutes les réanimations du CHU étaient saturées de patients atteints de COVID-19... J'étais tiraillé entre deux sentiments.

D'un côté, je me sentais très à l'aise dans la prise en charge de cette pathologie. J'ai donc très vite était autonome. Les séniors du service m'ont rapidement fait confiance et m'ont laissé gérer mes patients quasiment tout seul. Je me suis senti pousser des aîles ! Ce fut très gratifiant et j'ai pu acquérir beaucoup de confiance, chose qui me manquait cruellement en début d'internat.

ambivalenceCependant, ce début de semestre était une période très étrange car les réanimations étaient pleines et le travail ne manquait pas, mais c'était très monotone. On ressentait beaucoup de lassitude parmi l'ensemble des soignants que je cottoyais. Beaucoup d'infirmières ont émis leur souhait de quitter le service, alors même que l'ambiance générale était bonne.

Je trouve que lors de la toute première vague de COVID-19 au printemps 2020, il y avait une certaine adrénaline que j'attribue aux caractères nouveau, inconnu et exceptionnel de cette crise sanitaire. On ressentait à l'époque une ambiance générale d'entraide et un grand soutien entre l'ensemble des soignants (médecins, infirmiers, aide-soignants, kinésithérapeutes, diététiciens, etc.). Chacun pouvait apporter sa pierre à l'édifice dans une atmosphère de guerre contre l'invisible. Je garde presque un bon souvenir de ces moments. D'ailleurs, les personnes que j'ai pu rencontrer à cette période sont devenues de vrais amis que je revois régulièrement.

En revanche aujourd'hui, il n'y a plus du tout cette ambiance-là. La COVID-19 est devenue une maladie banale. Nous avons beaucoup appris et les prises en charge sont devenues tout autant codifiées que pour d'autres pathologies. Au fil du temps, nous avons été gagné par la monotonie. Beaucoup de soignants décrivent une certaine lassitude face au COVID-19, alors même que l'épidémie est à son paroxysme dans certaines régions du monde, voire même de France.

J'ai été très frustré par cette monotonie et par l'absence de variété des maladies traitées au début de mon semestre dans cette réanimation polyvalente. J'avais le sentiment de gâcher ma formation puisque je ne me confrontais pas aux patients atteints par les maladies habituellement soignées dans le service, auxquelles je pourrais avoir à faire face à l'avenir, quand je serai sénior...

Un retour à la normale

Au bout d'un mois et demi de stage, soit vers mi-juin, nous ne faisions plus d'admissions de patients atteints de COVID-19 sévère et ceux hospitalisés sortaient progressivement vers des services de médecine conventionnelle.

Les blocs opératoires ont pu réouvrir progressivement. Cependant, les vacances estivales se rapprochant à grands pas, l'activité n'a jamais pu reprendre aux capacités maximales. Même s'il existe des listes très exhaustives de patients en attente de chirurgie, beaucoup de soignants avaient besoin de congés bien mérités et les instances n'ont pas trouvé suffisamment de remplaçants paramédicaux. En conséquence, l'activité en réanimation au cours des mois de juillet et août a donc été extrêmement ralentie, à tel point que quasiment la moitié de nos lits étaient fermés.

Habituellement, cette réanimation comprend 18 lits et un effectif de 7 internes est nécessaire pour le fonctionnement du service en raison de l'activité importante. Cependant, durant cet été, il n'y avait que 10 lits d'ouverts... Et nous en avions toujours 1 voire 2 de disponibles, tellement l'activité était diminuée !

Au début, nous étions contents de pouvoir enfin souffler après 1 an et demi de marathon. Mais en fait, on s'habitue très vite à travailler énormément à l'hôpital. C'est étrange, mais en dehors de l'hôpital et chez moi, je ne sais plus comment occuper mon temps, je m'ennuierai presque... C'est le cas également pour mes co-internes plus jeunes.

Du coup, on s'est presque battu pour venir travailler ! On avait tous envie d'apprendre de nouvelles choses, de voir des patients différents, sans COVID !

Un peu de iatrogénie...

Les patients que nous avons admis par la suite correspondaient au recrutement habituel du service, à savoir, comme je le disais précédemment, des patients de chirurgie cardiaque opérés de remplacements valvulaires ou de pontages coronariens, de chirurgie thoracique comme des transplantations pulmonaires, de chirurgie vasculaire avec différents pontages, de chirurgie digestive comme des oesogastrectomies polaires supérieures de Lewis-Santy ou des ischémies mésentériques, ou encore d'urologie avec des cystectomies et recontruction de Bricker. De plus, nous sommes contactés pour prendre en charge les patients qui se dégradent dans les services de chirurgie, souvent en raison d'un état de choc septique, hémorragique ou anaphylactique, voire même en cas d'arrêt cardiorespiratoire.

Les chefs me faisant confiance, j'ai conservé l'autonomie totale que j'avais acquise lors de la prise en charge des patients COVID, sauf que ce n'étaient plus les mêmes pathologies...

pneumothoraxCertaines particularités de ces patients chirurgicaux m'ont échappé. Je reconnais avoir cru savoir, m'être lancé dans certaines prises en charge sans avis de sénior et m'être trompé. Quelquefois même, je pense être tombé dans l'excès d'assurance. En étant "lâché" tout seul sans débrieffer avec un sénior avant les transmissions du soir pour la garde, j'ai été un peu moins rigoureux et attentif à tout par rapport à mes habitudes. Cela m'a valu quelques évènements iatrogéniques comme par exemple un pneumothorax lors de la pose d'une voie veineuse centrale (alors que je n'en avais jamais fait avant !) voire même lors de la pose d'une sonde nasograstrique passant dans la trachée !

Heureusement, je me suis vite repris en main et j'ai pris conscience de mes lacunes. Il n'y a pas eu d'évènements graves ou quoi de ce soit, soyez rassurés ! C'est très étrange comme sensation. Au début de l'internat, j'étais un bébé : je n'osais rien faire car j'étais conscient de ne rien savoir. Durant ce milieu d'internat, je suis devenu adolescent et je commence à m'épanouir : je suis à la recherche d'un maximum d'autonomie, j'apprends énormément mais je fais quelques bétises malencontreuses dues à ma naïveté et à un petit manque d'expérience, faisant sourrire mes séniors...


Si cet article vous a fait réagir, n'hésitez pas à laisser votre commentaire ci-dessous. Toutes les remarques sont les bienvenues !

Enfin, si vous souhaitez être tenu informé lors de la parution de nouveaux articles, je vous conseille de vous abonner à ma lettre d'information. Je ne vous enverrai jamais de publicité ou de SPAMs, c'est promis !

Informations

Publié par Karadocteur
le 25/09/2021 à 23h46
modifié le 26/09/2021 à 00h15

Dans la catégorie Médecine

Newsletters

Souhaiteriez-vous être prévenu lors de la parution de prochains articles sur le blog ? Pour cela, je vous invite à vous abonner gratuitement à ma lettre d'information :

Sur le même sujet

Première garde en Gynécologie-Obstétrique !
Première garde en Gynécologie-Obstétrique !
MIR, à bout de souffle !
MIR, à bout de souffle !
Médicaments inotropes postitifs
Médicaments inotropes postitifs

Commentaires

Votre soutien

Le contenu de ce blog vous intéresse ? Vous aimeriez bien le voir persister et évoluer quelque temps encore ? Alors sachez que votre soutien me serait d'une grande aide :

Me soutenir