Karadocteur Menu

MIR, à bout de souffle !

MIR, à bout de souffle !

Voilà maintenant 1 an que j'ai commencé l'internat d'Anesthésie-Réanimation. Après un premier semestre plutôt tranquille mais très intéressant en Anesthésie dans un petit hôpital périphérique, j'ai choisi de réalisé mon deuxième semestre en Médecine Intensive et Réanimation dans un grand CHU. C'était ma première expérience en réanimation, et quelle expérience ! Je vous explique tout dans cet article !

Depuis mon bilan de mi-stage, beaucoup de choses se sont passées ! De l'eau a coulé sous les ponts...

En effet, j'ai senti que sur les derniers mois j'avais énormément progressé, sur tous les plans : aussi bien dans le raisonnement médical, du diagnostic à la prise en charge, que sur les gestes techniques.

Mon bilan : points positifs

singe

Lorsque j'ai débuté ce stage, je ne me sentais pas du tout médecin. Je me sentais encore externe, pour vous dire... J'étais heureux, mais tout naïf. Avec ce stage de réanimation médicale, j'ai grandi en tant que médecin, certes, mais surtout en tant qu'humain. Aujourd'hui, je me sens vraiment médecin !

A la fin du semestre, j'étais capable de faire des grosses admissions de patients lourds (arrêt cardiaque, choc septique, détresse respiratoire) sans que mon sénior soit présent dans la chambre. Je ne suis plus stressé / paniqué comme c'était le cas il y a 6 mois. Le fait de répéter les prises en charge de patients en détresse vitale m'a fait relativiser, et finalement, m'a permis de me concentrer sur l'essentiel : le raisonnement médical dans l'urgence. Et je trouve que j'ai énormément progressé sur ça.

Alors oui, j'ai encore de gros progrès à faire j'en suis concsient, mais je me sens beaucoup plus fort et beaucoup plus serein. En bref, j'arrive à avoir mes propres idées sur les diagnostics et les prises en charge, à les argumenter et à me faire confiance. Je peux donc forcément mieux en parler avec mes séniors et leur poser des questions plus pertinentes, alors qu'au début du semestre j'étais vraiment passif je trouve.

C'est vraiment la répétition des admissions et la grande diversité de cas cliniques qui m'ont fait progresser je pense !

De plus, le fait que les chefs soient issus de spécialités médicales variées m'a apporté plusieurs visions différentes dans leurs prises en charge. Par exemple, les néphrologues m'ont appris à manier le Lasilix (Furosémide), à prescrire des dialyses et à interpréter des ionogrammes urinaires. Les pneumologues m'ont initié à la fibroscopie bronchique et les cardiologues à l'échographie cardiaque. Quant aux anesthésistes, ils m'ont montré comment on pouvait faire face à une intubation difficile en toute détente... En revanche, les internistes m'ont totalement perdu avec leurs dosages d'anticorps improbables !

Tout ça pour dire que la diversité des profils de médecins en réanimation médicale : c'est top ! Malheureusement, cela est voué à disparaître avec la nouvelle réforme...

Mon bilan : points négatifs

fatigue medecin

Concernant les points négatifs de ce stage, je dirai le temps de travail des internes. En effet, comme je vous l'ai dit dans les articles précédents, je travaillais régulièrement plus de 85 heures/semaine. Alors certes j'ai vu beaucoup de patients et ça m'a permis de progressé comme jamais, mais c'est carrément épuisant ! Il y a des semaines où j'étais un robot, je n'avançais plus, je ne réfléchissais plus et c'était finalement délétère pour tout le monde. Délétère pour les patients car j'étais incapable d'être performant dans mes prises en charge. Délétère pour les médecins séniors car ils devaient repasser derrière moi pour vérifier toutes mes actions. Délétère pour moi car j'ai perdu du temps puisque je ne servais qu'à poser machinalement des cathéters, sans utiliser mon cerveau pour apprendre et réfléchir devant des dossiers cliniques pourtant passionants...

Au cours de ce semestre, j'ai quelques regrets il faut l'avouer... Après réfléxion, ce stage était finalement mon premier stage de médecine ! En effet, au cours de mon premier semestre en anesthésie, je n'avais pas examiner un seul malade, je n'avais jamais réfléchi sur un seul cas clinique, ni prescrit un seul examen complémentaire... J'avais simplement appris la pharmacologie des différentes drogues !

Au début de ce semestre, j'ai vraiment vu ce qu'était le métier de médecin ! Et j'ai mis du temps pour m'adapter, comprendre les réflexions diagnostiques et les prises en charge. Honnêtement, il m'a bien fallu au moins 2 mois pour être à l'aise avec cela. J'ai donc eu seulement 4 mois pour profiter de ce stage et cela est un peu cours à mon goût... Je serai bien resté 1 ou 2 mois de plus, pour me former un peu mieux.

anesthesiste intubation

Pour vous dire, en tant qu'anesthésiste, j'étais très à l'aise pour intuber, poser différents cathéters et prescrire de la Noradrénaline ! Du coup, j'étais content de faire des gardes la nuit où le but finalement est de garder les patients en vie. En revanche, j'étais beaucoup moins bon et moins épanoui les journées où il fallait raisonner sur les dossiers des patients pour avancer dans les diagnostics et les thérapeutiques. C'est sur ces points que j'ai progressé et sur quoi je dois encore énormément m'améliorer, j'en suis conscient.

Au niveau des gestes techniques, j'ai quelques regrets aussi... Je n'ai jamais exsufflé de pneumothorax ! C'est un geste qui me fait vraiment rêver, et nous en avons pas eu 1 seul en 6 mois de stage ! Je regrette aussi de ne pas m'être plus impliqué dans la prescription des dialyses. A ce jour, je serais incapable d'en prescrire une moi-même...

Conclusion

Pour conclure, je peux résumer mon stage en Réanimation Médicale en disant que c'est passionant, enrichissant, formateur, mais extrêmement fatiguant voire épuisant ! Je termine ce semestre à bout de souffle, tout proche de l'intubation... La MIR, c'est une spécialité géniale mais qui demande une hygiène de vie irréprochable pour être performant. Personnellement, je pense que c'est incompatible avec la moindre vie privée ou le moindre loisir...

J'ai vraiment muri au cours des 6 derniers mois, en tant que professionel de santé mais aussi en tant que personne, et je remercie mes chefs pour cela. Toutefois, je suis exténué, sur les rotules, à cause de l'épuisement et le surmenage. C'est pourquoi, je suis bien content de retourner au bloc opératoire, en Anesthésie ! En effet, pour mon 3e semestre, j'ai choisi de faire de l'anesthésie au CHU : 3 mois en pédiatrie puis 3 mois en gynéco !

A bientôt !