Nouveau changement de semestre

Nouveau changement de semestre

Alors que mon 5e semestre d'anesthésie au bloc opératoire de chirurgie digestive se passait à la perfection, il a été nécessaire que j'effectue le dernier mois en service de soins continus de chirurgie upgradé en réanimation, en raison d'une nouvelle vague épidémique de COVID-19...

Et après ces quelques semaines d'Avril à avoir été utilisé en renfort en réanimation éphémère, j'ai changé de terrain de stage. Et devinez où ? En réanimation polyvalente, comme la plupart des internes d'anesthésie-réanimation de ma promotion. Ce service était autrefois spécialisé dans la prise en charge postopératoire d'interventions lourdes. En outre, le recrutement concernait, avant la crise sanitaire, des patients médicaux lorsque la réanimation médicale était pleine.

Or actuellement, à cause de cette énième vague épidémique incontrôlée de SARS-CoV-2, le bloc opératoire tourne au ralenti, pour ne pas dire qu'il se limite seulement aux urgences vitales et à l'oncologie, et les réanimations médicales débordent de COVID-19... Donc dans ce contexte, notre réanimation polyvalente est pleine de COVID !

6e semestre, l'heure de l'autonomie

Le temps passe très vite, je suis déjà en 6e semestre de mon internat de médecine. C'est mon 3e semestre effectué en réanimation : un semestre en réanimation médicale et 5 mois en réanimation chirurgicale, un stage excellent mais ecourté à cause du COVID...

Je suis sensé être l'interne le plus expérimenté de tous mes cointernes sur ce stage. C'est bizarre, j'étais le plus jeune il n'y a pas si longtemps... C'est étrange à vivre vous savez ! Je me vois donner spontanément mes conseils et astuces aux internes en premier semestre de réanimation. Chose dont je me sentais incapable en début d'internat. A l'époque, je voyais les internes plus vieux tellement forts que je pensais ne jamais arriver à leur niveau.

Mais il est vrai que je me suis senti à l'aise très vite dans le service, surtout car je connais bien les assistants et chefs de clinique qui étaient mes cointernes quand j'étais tout jeune... J'ai déjà croisé les chefs plus vieux à l'hôpital ou à d'autres occasions extrahospitalières et ceux-ci ne m'intimident plus comme cela a pu être le cas en début d'internat. Je connais également les logiciels, qui sont les mêmes que ceux de mes deux précédents stage en réanimation. Tout cela instaure un climat de confiance qui m'a très vite rassuré et fait me sentir chez moi dans ce nouveau service, et même au staff.

Quand j'y réfléchi, je prends un petit coup de vieux quand même !

Je constate que les chefs me laissent de plus en plus d'autonomie, surtout chez les patients atteints de COVID, puisque c'est la pathologie à laquelle j'ai été le plus confronté au cours de mon internat. Je suis libre de faire tout ce que je veux, comme un grand, avec un débrieffing en fin de matinée et en fin de journée. Mais par contre, je n'ai plus la pression d'un chef sur mon dos 24h/24, comme cela a pu être le cas les semestres précédents. Je sens que les chefs me font confiance, qu'ils me laissent une certaine autonomie, sans être trop lâché non plus. C'est hyper gratifiant !

J'avais ressenti avoir grandi d'un seul coup au cours de mon dernier semestre en anesthésie. Et bien figuez-vous que je ressens la même chose en réanimation sur ce début de semestre ! C'est rassurant et très épanouissant, surtout quand je repense au début de l'internat : quand je découvrais cette spécialité et que je pensais ne jamais arriver au bout.

Le COVID : formation délaissée

Le COVID, c'était intéressant au tout début de l'épidémie à cause de la nouveauté.

Par contre, ça devient très vite lassant et insupportable. En ce début de semestre, notre réanimation est pleine de patients atteints de COVID, certains datant déjà de plusieurs mois, alors que d'autres de quelques jours seulement. Nous en admettons quelques-uns par jour. Alors certes, cela n'a rien à voir avec les grosses vagues épidémiques que nous avons connus, mais cela suffit à emboliser nos lits et supprimer l'activité chirurgicale habituelle d'un gros centre hospitalier universitaire (CHU).

Cette activité COVID occupe la quasi-totalité de mon temps hospitalier en ces derniers mois. Alors certes, il s'agit d'une situation exceptionnelle et mon rôle de médecin, que j'accepte, est de rendre service à la population.

Par contre, mon droit d'interne en anesthésie-réanimation est d'être bien formé à mon futur métier, dans l'intérêt des patients également. Or, ma formation ces derniers mois ne concerne que le COVID. Il est fort probable que beaucoup d'internes de ma génération aient de nombreuses lacunes, comme moi. Nous avons certes des cours en ligne en vidéo, mais cela ne vaut pas la pratique, vous imaginez bien. Notre génération est devenue spécialiste COVID. Et je trouve ça grave !

D'autant plus que nous avons fait une croix sur nos demi-journées de formation personnelle dans ce contexte de manque de personnels soignants. Et le temps de travail limité à 48 heures/semaine n'est évidemment pas respecté : nous faisons régulièrement le double. Tout le fonctionnement de l'internat de médecine est illégal. Enfin bref, ce n'est pas le sujet et il s'agit d'une crise sanitaire exceptionnelle me dit-on.

Pour information, j'ai rédigé récemment un article dédié aux meilleures ressources de formation en anesthésie-réanimation. Cela concerne aussi bien des livres,  des revues scientifiques, des podcasts ou encore des vidéos YouTube.

Le COVID : lassitude des soignants

Les multiples vagues épidémiques de COVID lassent les soignants. Tous les soignants. Les histoires de la maladie sont les mêmes, les patients se ressemblent (surtout obèses, hypertendus, diabètiques, etc.), ont la même prise en charge très inintéressante et souvent la même évolution peu glorieuse.

Les complications du COVID, autres que la monodéfaillance respiratoire, sont assez fréquentes, comme les évènements thromboemboliques à type d'accidents vasculaires cérébraux, d'embolies pulmonaires ou d'ischémies de membre. Ce sont des évènements que l'on ne parvient pas à prévenir et que l'on ne constate qu'une fois survenu, sous nos yeux, chez des patients déjà en réanimation... C'est très frustrant.

Nous, soignants, sommes encore debouts tous les matins et impliqués pour venir en aide aux personnes que nous cottoyons au quotidien dans leur lit d'hôpital. Nous sommes là, tous les jours, pour appeler, informer et rassurer les familles et les proches de nos patients, qui ne peuvent avoir de visite à l'hôpital durant ces moments difficiles.

L'attrait de notre métier résidait dans la diversité des pratiques. Or ces derniers temps nous faisons tout le temps la même chose. Ce travail à la chaîne est vraiment lassant et répétitif, d'autant plus que lorsque nous arrivons à faire sortir du service en vie nos patients, de nouveaux sont admis pour être mis dans un coma artificiel, intubés et ventilés, voire sous ECMO. C'est un cercle sans fin.

Le COVID : s'en sortira-t-on un jour ?

Comme beaucoup de soignants, je ne vois pas comment nous pouvons nous sortir de cette situation intenable à long terme dans ces conditions, si l'on ne change rien. C'est tellement énervant de sortir de l'hôpital après une journée à mettre des habits de protection, à voir des patients dans un état gravissime, à annoncer des décès au famille, puis de constater que de nombreuses personnes ne portent pas de masque en centre ville ou dans les métros, boivent des bières dans les parcs, sont contre la vaccination, etc.

Je ne veux pointer du doigt personne, je ne veux clasher personne, je suis le premier à baisser mon masque à l'extérieur ou à avoir envie de voyager et de retrouver ma vie d'avant. Mais comprenez que passer plus de 100 heures/semaine à l'hôpital à réanimer uniquement du COVID alors qu'à l'extérieur des murs nous vivons notre meilleure vie, c'est insupportable pour tous les soignants.

Je ne suis pas pour instaurer des confinements drastiques, mais d'autres solutions existent et sont efficaces, comme la vaccination.

En conclusion

Moi qui étais extrêmement passionné par le métier d'anesthésiste-réanimation, la répétition des vagues de COVID en réanimation me sappe franchement le moral, comme c'est le cas de beaucoup de soignants que je côtoie. Les patients sont admis à la chaîne. Les heures travaillées s'accumulent. Nous n'en voyons pas la fin.

Les soignants en ont marre, à tel point que beaucoup parlent de changer de travail. Mais quitter un bateau qui coule, c'est pas très éthique disent certains. Quoi qu'il en soit, il est important de trouver son bonheur personnel, et ceci est d'autant plus vrai aujourd'hui, en temps de crise.

Personnellement, je suis toujours très impliqué dans les soins de mes patients en réanimation au quotidien. En revanche, une fois sorti de l'hôpital, je ne passe plus une seule seconde à lire de la médecine et à me former : je profite de la vie !

Cette crise du COVID est entrain de gâcher ma formation puisqu'il s'agit potentiellement de mon dernier semestre d'internat en réanimation. Je vous invite à lire la suite de mes aventures si vous souhaitez connaître mon évolution après quelques mois de stage.


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Informations

Publié par Karadocteur
le 22/05/2021 à 19h04
modifié le 26/09/2021 à 09h14

Dans la catégorie Médecine

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Commentaires

Aurape, le 18/08/2021 à 23h06

Merci de continuer à raconter ton parcours, je vais être interne d'anesthesie en novembre ! Bonne continuation à toi

Karadocteur, le 26/09/2021 à 09h17

Merci pour ton message, cela me motive à poursuivre ce blog ! Tu as fait le bon choix, c'est vraiment la meilleure spécialité ahah. Bon courage pour ta rentrée ! N'hésites pas à laisser un petit commentaire pour nous raconter comment cela s'est passé ! A bientôt sur le blog j'espère !

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