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Première garde en Gynécologie-Obstétrique !

Première garde en Gynécologie-Obstétrique !

Comme je vous le racontais au cours de mon précédent article, j'ai décidé de réaliser mon 3ème semestre d'internat d'Anesthésie-Réanimation en service d'Anesthésie pédiatrique au CHU. Et comme je vous le précisais en fin d'article : étant donné qu'il n'y a pas assez d'internes d'Anesthésie pour remplir le tableau de gardes en salle d'accouchement, j'y effectue l'ensemble de mes gardes de nuit alors que je n'ai officiellement jamais fait de Gynécologie-Obstétrique... Bizarre !

La chance que j'ai : c'est d'avoir pu faire officieusement un peu d'obstétrique au cours de mon stage d'Anesthésie en premier semestre. En effet, comparé aux personnes de ma promotion qui sont dans la même situation, j'ai été très vite à l'aise et autonome dans la pose de cathéters de péridurale et la réalisation de rachianesthésie.

Les seules choses qui différaient étaient les substances et les posologies administrées. Mais bon, les médecins seniors étant la plupart du temps présents à nos côtés, ils ont pu m'expliquer leurs préparations une ou deux fois et puis me laisser faire de manière autonome.

Premières impressions

La première chose qui m'a interpellé est l'ambiance un peu étrange d'une salle d'accouchement. En effet, c'est un endroit où l'on prend en charge des femmes jeunes et globalement en bonne santé. Bien étrange pour un service de l'hôpital... Surtout du fait de la présence de plusieurs médecins : Gynécologues-Obstétriciens, Pédiatres et Anesthésistes-Réanimateurs.

Cela me change totalement de la réanimation médicale où les patients étaient dans des situations catastrophiques !

Avec ces médecins, gravitent également plusieurs autres professionnels paramédicaux dont les infirmières et les sage-femmes. Et comme dans tous milieux professionnels, il y a beaucoup de querelles entre personnes de métier différent... Mais j'ai trouvé que dans ce milieu de Gynécologie-Obstétrique, c'était encore plus flagrant. Sans vouloir faire de polémique misogyne, je pense que le fait qu'il y ait une très grande majorité de femmes dans ce milieu explique qu'on y voit beaucoup plus de commérages et de disputes de qu'ailleurs... Sur la demi-douzaine de gardes que j'ai pu effectué depuis le début du semestre, c'est assez remarquable.

Anesthésiste-Réanimateur en salle d'accouchement

Que fait un Médecin Anesthésiste-Réanimateur en salle d'accouchement ? Très bonne question !

Tout commence par une Consultation d'Anesthésie Obstétricale qui doit être effectuée pour toute femme enceinte au cours du 8e mois de grossesse, soit entre la 33e et la 37e semaine d'aménorrhée. Cette consultation a pour but d'anticiper les possibles complications pouvant survenir lors de l'accouchement et d'informer la patiente sur les techniques d'anesthésie que nous pouvons mettre en oeuvre, dont notamment la fameuse analgésie péridurale.

Si une patiente le souhaite au moment du travail, notamment en cas de douleurs intenses, le médecin anesthésiste-réanimateur décide de réaliser une analgésie péridurale. Cette technique permet de diminuer les douleurs des contractions utérines lors du travail, en permettant à la patiente de rester pleinement consciente. Le principe de la pose d'un APD consiste à introduire un cathéter en plastique stérile à l'aide d'une aiguille insérée dans le dos jusqu'à trouver l'espace péridural. Celui-ci est un espace qui entoure la moelle épinière et qui est au contact des racines nerveuses. Une fois le cathéter en place, il sera possible d'administrer des médicaments anesthésiques qui permettront de contrôler les douleurs de tout le bas du corps jusqu'à la fin de l'accouchement.

Anesthésie péridurale

Toutefois, la pose d'un cathéter de péridurale ne permet pas seulement de contrôler les douleurs liées à un accouchement normal. En effet, en cas de nécessité de césarienne, le fait d'avoir un cathéter de péridurale en place nous permet d'injecter d'autres médicaments anesthésiques qui permettront de réaliser ce geste en urgence au bloc opératoire avec une future maman totalement consciente de la situation. Cela évite donc de faire une anesthésie générale et permet à la maman et même au papa d'être présent et conscient lors de la naissance de leur enfant. Finalement, avoir un cathéter de péridurale en place est donc un gage de sécurité, puisque cela nous évite de réaliser une rachianesthésie ou une anesthésie générale en urgence dans de mauvaises conditions.

En cas de nécessité de césarienne chez une femme enceinte où aucun cathéter de péridurale n'est pas en place, nous pouvons proposer la réalisation d'une rachianesthésie. Cette technique d'anesthésie loco-régionale (ALR) consiste cette fois à réaliser une seule injection de médicaments anesthésiques dans l'espace sous-arachnoïdien, au contact du liquide céphalo-rachidien donc. Cette technique permet là encore de permettre à la future maman et au futur papa d'assister en direct à la naissance de leur enfant dans le bloc opératoire. A noter qu'avec une rachianesthésie, toute mobilisation des jambes sera impossible pendant un certain laps de temps.

Enfin, si ces 2 techniques ne fonctionnent pas et ne sont pas réalisables (analgésie péridurale et rachianesthésie), il sera toujours possible de convertir en une Anesthésie Générale (AG) comme pour toute opération chirurgicale.

Les situations décrites ci-dessus correspondent à mon quotidien lors des gardes de nuit effectuées en salle d'accouchement. Cependant, j'ai également eu la chance (ou la malchance) de prendre en charge d'autres situations, notamment certaines situations réanimatoires, telles que des états de choc hémorragiques sur hémorragie de la délivrance ainsi que des prééclampsies.

En conclusion

Pour dire un dernier mot sur les gardes en salle d'accouchement : honnêtement, j'adore ! Pour la première fois de mon internat je prends vraiment du plaisir à faire ce que je fais. C'est hyper agréable et épanouissant d'aider les gens et de voir le résultat de nos actions immédiatement. En effet, quand on va poser une péridurale, les femmes hurles de douleurs et quand on termine notre geste : elles sont appaisées et nous remercie !

Et puis quel bonheur d'aider des gens à mettre au monde un enfant... En réalité, c'est quand même bien déguelasse !

Sur le plan médical, je trouve que les situations rencontrées en Anesthésie Obstétricale sont souvent très typiques et la prise en charge est extrêmement codifiée, tout en laissant une petite part de réflexion médicale... Je me verrai bien travailler dans ce milieu finalement ! Cependant, certaines situations peuvent être catastrophiques puisqu'il faut bien garder à l'esprit que si quelque chose tourne mal : il y a la vie de 2 jeunes personnes qui sont en jeu...

Aller, trève de bavardages : après mes gardes en salle d'acc, il faut que je retourne dans mon bloc d'anesthésie pédiatrique...