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Premier mois de réanimation médicale

Premier mois de réanimation médicale

Cela fait un peu moins d'un mois que j'ai commencé mon deuxième semestre d'internat. Comme vous avez pu le lire dans mon article précédent, j'ai choisi un stage dans une réanimation médicale au CHU, spécialisée dans les maladies cardiaques, pulmonaires et néphrologiques. Qu'est-ce que c'est difficile ! Je vous raconte pourquoi ci-dessous !

Premiers pas

premier pas bebe

Etant donné que j'ai fait mon premier semestre en anesthésie, je n'ai aucune idée de comment fonctionne un service de réanimation. Surtout une réanimation dans une région qui n'est pas du celle où j'ai fait mon externat... En effet, tout est différent : de l'organisation du service jusqu'aux logiciels de prescription, en passant par le matériel comme les moniteurs de surveillance ou les pousse-seringues électriques. J'étais totalement perdu ! Mais heureusement je n'étais pas le seul : mes cointernes sont dans le même état que moi, même s'ils ont plus d'expériences.

J'ai donc eu besoin d'une bonne semaine d'adaptation avant de comprendre les bases du fonctionnement du service. J'avais l'impression d'être totalement à la ramasse...

Premières difficultés

auscultation cardio-pulmonaire

Un premier semestre en anesthésie : c'est parfait pour apprendre les gestes techniques comme l'intubation, la pose de voie veineuse centrale ou de cathéter artériel. En revanche, ça ne prépare pas du tout à examiner un patient ! En effet, à part quelques consultations d'anesthésie réalisées rapidement, je n'avais pas réalisé d'examen clinique poussé depuis mes stages d'externe avant les ECN ! Autant vous dire qu'il m'a également fallu plusieurs jours d'adaptation avant de retrouver mes compétences de clinicien... Surtout que l'examen clinique d'un patient de réanimation : c'est très particulier !

Dans le même état d'esprit, je n'ai aucune compétence de raisonnement clinique au lit du patient. C'est bien beau de savoir examiner un malade, mais encore faut-il réfléchir pendant et après cet exercice pour mettre en relation les informations recueillies et la pathologie du patient, afin de savoir quels examens complémentaires prescrires ou analyser s'il les a déjà eu. Tout ceci dans le but d'instaurer ou d'arrêter des traitements, pour le bénéfice du patient. Ceci correspond simplement au métier de médecin... Et malgré tout ce que j'ai pu bachoter en 6 années d'étude pour réussir les ECN, je n'ai pas acquis ces compétences... Ce n'est pas en cochant des QCM que l'on apprend le métier de médecin. Le métier de médecin s'apprend au contact des patients, et c'est ce que je découvre vraiment aujourd'hui.

Je sais que j'ai acquis des connaissances théoriques, mais il est très difficile de les remobiliser au bon moment au lit des malades je trouve !

Ces difficultés en revanche, j'ai l'impression d'être le seul de mes cointernes à les rencontrer... En effet, mes cointernes ont déjà de l'expérience clinique en service de médecine conventionnelle puisque ce sont des internes de cardiologie, pneumologie et néphrologie. Pour ma part, c'est extrêmement frustrant d'être perdu à ce point ! Mais j'ai l'impression que je progresse de jours en jours.

Premières admissions

samu pompier accident

Une admission en réanimation, c'est la guerre ! Tout le monde cours partout : les infirmières veulent scoper le patient, les médecins veulent l'examiner, les pompiers ou le SAMU veulent récupérer leur matériel, etc. Tout le monde crie partout. De nombreuses personnes gravitent autour du patient, ce qui majore son stress et son anxiété, quand il est conscient. Si vous n'avez jamais eu l'occasion d'assister à cela, soyez sûr que c'est très impressionant, digne d'une série américaine !

La gestion du SAMU ou des pompiers, c'est très intimident au début. En effet, il faut retenir le maximum d'informations, comprendre pourquoi le patient a été transféré en réanimation et commencer à réfléchir en même temps à votre prise en charge pour leur poser des questions tant qu'ils sont présents. Parce qu'une fois qu'ils seront parti, vous serez tout seul sans information...

Et ne pas oublier : c'est vous le médecin, c'est à vous de décider ! Tout le monde vous pose des questions, tout le temps. Faut-il remplir le patient ? Si oui, avec quoi ? Quels médicaments doit-on mettre en urgence ? Comment équiper le patient (VVP, VVC, KTA) ? Quel bilan prescrire ? Tout cela dans l'urgence et la panique des différentes personnes. Et si le médecin panique, tout le monde panique généralement...

Après quelques jours de réanimation seulement, surtout pour quelqu'un qui n'en a jamais fait auparavent, autant vous dire qu'il est impossible d'être bon dans cet exercice ! Heureusement que les séniors sont souvent présents à nos côtés... Oui, j'ai bien dit souvent car ce n'est pas toujours le cas...

Premières gardes

vdc garde de nuit

Qui dit réanimation, dit garde de nuit. Et qui dit CHU, dit ne pas dormir une seule seconde. Pour résumer : une garde c'est la gestion de dizaines de patients instables, qui peuvent mourir à tout moment... Autant vous dire qu'on cours partout, tout le temps ! Heureusement qu'un sénior est présent la majorité du temps, mais ça reste chaud. Surtout quand plusieurs patients ne vont pas bien au même moment...

Une garde dure 24h, c'est dur, c'est long, c'est épuisant, mais on bénéficie d'un repos le lendemain... Chose qui n'était pas obligatoire jusqu'à récemment, et qui n'est toujours pas appliquée dans tous les services... Un scandale !

Premières satisfactions

De manière générale, je me fais carrément défoncer ! Tant au niveau des horaires (environ 80h par semaine) que par la charge de travail au quotidien, l'intensité émotionnelle des situations rencontrées (40% de décès en moyenne dans le service, avec les familles à gérer) ou encore l'exigence des médecins du sercice.

En effet, l'exigence des médecins du service est à mon goût poussée à l'extrême. Ces chefs de mon service, issus de spécialité médicale comme la médecine interne, la néphrologie, la cardiologie ou encore la pneumologie, sont pointilleux jusqu'aux moindres détails. Une faute d'orthographe ou une abbréviation dans un dossier médical : c'est inacceptable. Une tournure de phrase qui n'est pas validée par l'académie française : c'est le lynchage sur la place publique. Une prescription, même banale, qui ne fait pas sens pour eux est considérée comme un crime. Et ceci même si c'est un autre médecin sénior du service qui l'a faite la veille ou sur la garde... Pour vous dire, on ressent que leurs égos sont tellement énormes qu'ils en viennent jusqu'à se critiquer de manière assez violente dans le service ou en staff pour savoir qui est le meilleur... En tant qu'interne, de passage 6 mois seulement, nous y apprenons effectivement la rigueur et la discipline, mais parfois il faut avouer que l'ambiance est délétère, pour les internes mais aussi pour les infirmiers et les aides-soignants. Ce qui explique que ces personnes n'y restent pas travailler très longtemps d'ailleurs. Quant aux médecins séniors du service, ils ont l'air de ce complaire dans ce cirque.

Mais malgré toutes ces difficultés rencontrées, je suis content d'avoir choisi ce stage. Je trouve que je progresse assez rapidement et j'espère qu'à la fin de ce semestre, après 6 mois en avoir chier un maximum, je serai un meilleur médecin anesthésiste-réanimateur. D'après les ragots des internes plus vieux et des médecins de ma spécialité, mon stage actuel est le pire que je puisse faire au niveau de l'exigence des chefs et de la rigueur à adopter. En contre-partie, c'est le stage le plus formateur. Alors autant le faire le plus tôt possible, prendre cher dès le début, mais en ressortir grandi avec des connaissances et des compétences solides pour la suite de mon internat et de ma carrière.

Conclusion

Plus que 5 mois avant de passer à autre chose.
PS : mon bilan de moitié de stage d'interne en MIR est déjà disponible !