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Stage de Gynécologie-Obstétrique

Stage de Gynécologie-Obstétrique

Comme vous le savez peut-être, j'ai choisi de diviser mon 3e semestre d'internat d'anesthésie-réanimation en 2 : j'ai commencé tout d'abord par faire 3 mois d'anesthésie de l'enfant, puis j'enchaîne actuellement avec 3 mois de Gynécologie-Obstétrique.

Au cours de ce stage, je suis amené à travailler dans plusieurs lieux différents :

  • La salle d'accouchement : il s'agit du service où les patientes enceintes sont hospitalisées et surveillées pendant l'accouchement. C'est là que je passe le plus de temps, et c'est sur ça que j'axerai mon article principalement.
  • Le bloc opératoire : dans notre centre hospitalier, il y a 4 blocs opératoires consacrés à la chirurgie gynécologique. De nombreuses opérations sont pratiquées, comme des hystéroscopies, des hystérectomies sous coelioscopie ou encore des chimio-hyperthermie intra-péritonéales (CHIP) dans le cadre de chirurgie carcinologique. Cependant, le type d'anesthésie proposé est assez proche de ce qui peut se voir en chirurgie digestive, donc je n'en parlerai pas dans cet article.
  • Les consultations : puisqu'une consultation d'anesthésie est obligatoire avant la réalisation de tout acte anesthésique, je dois m'y coller ! Ce n'est pas ce qui m'intéresse le plus, surtout en obstétrique où la plupart des patients n'ont pas de comorbidités, mais c'est une facette du métier que je dois apprendre... J'en parlerai dans un article dédié.
  • La salle de pause : pour y boire le café, évidemment !

La salle d'accouchement

Comme je l'ai écrit plus haut, la salle d'accouchement est un service de l'hôpital qui prend en charge les patientes dans les tous derniers instants de leur grossesse, lorsqu'elles sont sur le point d'accoucher.

Ce qui fait la particularité de ce service, c'est surtout que les personnes qui y sont hospitalisées ne sont généralement pas malades : elles sont juste enceintes ! C'est pourquoi, les moindres actions doivent être réfléchies selon une balance bénéfices / risques, avec des risques qui doivent être quasi-nuls. Ceci est diamétralement opposé à ce que l'on connait en service de réanimation, où l'on a souvent recours à des thérapeutiques de sauvetage risquées lorsque les patients présentent des maladies extrêmement sévères engageant leur pronostic vital.

C'est d'ailleurs cela qui fait tout l'intérêt du métier d'anesthésiste-réanimateur : pouvoir prendre en charge tout type de patients, des situations très graves ou des situations quasi-physiologiques. En revanche, ce n'est pas facile d'adapter rapidement sa manière de réfléchir selon que la situation soit extrêmement grave comme en réanimation, ou presque normale comme en salle d'accouchement. J'ai particulièrement ressenti cela lorsque j'ai réalisé une journée en salle d'accouchement suivi d'une garde de nuit en réanimation.

De plus, la salle d'accouchement est un service où beaucoup de personnels de différents métiers cohabitent et doivent travailler de concert, ce qui peut rendre l'environnement assez hostile. Dans l'hôpital où je travaille, je collabore avec des agents des services hospitaliers (ASH), des aide-soignants (AS), des infirmiers (IDE), des infirmiers anesthésistes (IADE), des maïeuticiens (sage-femmes) ainsi que des internes et médecins d'autres spécialités. Et il est très fréquent que tout ce petit monde n'ait pas la même vision des choses. Je veux dire par là que chacun essaye sûrement de faire du bon travail et de respecter les recommandations et règles de bonnes pratiques de leur métier, dans l'intérêt des patientes, mais une bonne pratique pour un corps de métier peut être contradictoire avec celle d'un autre métier. De la même manière, il est très fréquent de constater que chaque corps de métier ne place pas les mêmes priorités aux mêmes choses, ce qui peut générer quelques conflits...

Mes horaires

Les journées sont longues et se répètent...

En effet, les jours où je travaille en salle d'accouchement sont extrêmement fatiguant : je commence à 8 heure du matin et la relève pour la garde de nuit est à 17 heure. Cela fait donc des journées 9 heures continues. Je précise bien "continues" puisque pour le repas du midi, la caféteria du CHU est située trop loin pour s'y rendre, étant donné que notre maternité est de niveau 3, ce qui nécessite la présence d'un anesthésiste en permanence. Je mange donc mon petit plat rapidement dans la salle de détente...

A côté de cela, les gardes de nuit en salle d'accouchement font évidemment les horaires inverses : c'est à dire de 17 heure à 8 heure le lendemain matin.

Pour des raisons organisationnelles, il nous est demandé d'essayer de prendre le plus possible nos gardes lorsque l'on travaille la journée. Cela implique que nous travaillons 24 heures d'affilées dans le même service. Personnellement, je trouve cela fatiguant mais c'est plus pratique...

Quel est mon rôle ?

Le rôle du médecin anesthésiste-réanimateur en salle d'accouchement est multiple.

Le premier qui vient à l'esprit des gens est : l'analgésie péridurale ! C'est une technique d'anesthésie loco-régionale qui consiste à réaliser une piqûre dans le bas du dos afin de trouver l'espace péridural et d'y insérer un cathéter pour le laisser en place jusqu'à la fin de l'accouchement. Ce cathéter permet d'injecter des médicaments dont le but est de diminuer les douleurs liées aux contractions utérines et celles liées au passage du bébé dans la filière génitale.

Pour des accouchements normaux, la péridurale peut être considérée comme un confort pour la patiente. En revanche, pour des accouchements à risque, le fait d'avoir une péridurale est également une question de sécurité médicale. En effet, en cas de problème lors de l'accouchement, comme une urgence maternelle ou foetale, nous pouvons injecter d'autres médicaments dans ce cathéter ce qui permet de transférer la patiente au bloc opératoire dans les quelques minutes pour y réaliser une césarienne en urgence.

A côté de cela, pour des césariennes programmées, nous pouvons proposer une rachianesthésie. Il s'agit d'une autre technique d'anesthésie loco-régionale qui se fait au dernier moment au bloc opératoire. Dans ce cas, une seule piqûre est nécessaire dans le bas du dos, en intrathécal (au contact du liquide céphalo-rachien), sans laisser de cathéter en place. Après injection du médicament, les sensations de douleurs disparaissent dans tout le bas du corps, ce qui permet aux chirurgiens d'opérer tout en permettant à la patiente de rester consciente.

L'avantage de ces 2 techniques d'anesthésie loco-régionale est que la maman et le papa puissent assister à l'accouchement dans le bloc opératoire et prendre leur bébé presque directement dans leur bras. Ceci n'est évidemment pas possible lors d'une anesthésie générale où la patiente dort complètement.

En revanche, lorsqu'il n'y a pas de cathéter de péridurale en place et qu'une césarienne en urgence est décidée, une anesthésie générale est toujours possible et réalisable, avec les risques et l'inconfort que cela entraîne, à la fois pour la maman que pour le bébé... Personnellement, c'est tout réfléchi : je préconiserai à ma copine d'avoir une péridurale le plus tôt possible au cours du travail ! D'autant plus que cela n'a pas montré d'augmentation de la durée du travail.

Toutefois, mon rôle d'anesthésiste-réanimateur ne se limite pas qu'à cela...

En effet, mon rôle est aussi de manager les situations de crise qu'il peut y avoir en salle d'accouchement, comme les hémorragie de la délivrance principalement. Dans ces situations là, être un bon réanimateur est vraiment nécessaire car tout peut s'aggraver extrêmement vite alors que la situation était stable quelques minutes auparavent. Ceci est très stressant, puisque le pronostic vital de la maman peut être engagé, mais tellement passionnant !

Egalement, notre présence en salle d'accouchement nous permet de gérer, en collaboration avec les médecins gynécologue-obstétriciens, des situations médicales qui sortent de leur champ de compétence. Je pense notamment aux infections, aux problèmes respiratoires, cardiologiques ou encore neurologiques, pour lesquels ils sont moins à l'aise que nous.

En conclusion

Ces premières semaines en gynécologie-obstétrique sont vraiment enrichissantes. J'apprends énormément de choses que je ne soupçonnaient pas il y a seulement quelques semaines. Les situations vécues sont parfois lourdes à vivre et le travail est fatiguant, aussi bien physiquement que moralement, mais cette partie du métier d'anesthésiste-réanimateur est vraiment passionante, à tel point que je me demande aujourd'hui si je n'aimerais pas travailler dans ce milieu pour le reste de ma carrière...