Thèse et enchaînement des stages

Thèse et enchaînement des stages

Les derniers mois de mon ancien semestre en réanimation polyvalente s'achevaient avec une certaine sensation d'ambivalence. L'activité était extrêmement réduite à cause des vacances estivales mais surtout à cause des déprogrammations chirurgicales et des lits fermés dans tout l'hôpital par manque de personnel, notamment infirmier, que ce soit au bloc opératoire, dans les services conventionnels et en réanimation.

Fin de stage

Ce manque d'activité en réanimation durant l'été 2021 m'a permis d'avoir un peu plus de temps pour moi et de me concentrer sur d'autres aspects de ma vie. J'ai pu voyager un peu, voir ma famille et mes amis, relativiser.

Cette période de "relâche" a été importante pour moi car elle m'a permis de me rappeler que personne n'est indispensable au CHU, malgré mon ressentiment. En effet, l'hôpital exerce une énorme emprise morale sur les internes, et sûrement sur beaucoup d'autres soignants d'ailleurs.

Quand on enchaîne les heures et qu'on travaille tous les jours même les week-ends, on s'habitue à un état de fatigue chronique. Il devient difficile de prendre du recul sur la situation, d'avoir des projets ou des activités en dehors de l'hôpital. D'autant plus que les patients affluent en nombre, tous les jours. Et tous les jours aucun interne n'ose imaginer comment évoluerait l'hôpital sans nous qui assuront les tâches médicales quotidiennes à moindre coûts pour la société.

Nous avons globalement tous été sélectionnés de la même manière, dès la première année de médecine, parce que nous étions de bons élèves acharnés au travail. On nous promettait un métier passionnant et reconnu. Aujourd'hui, la trentaine approche, et je n'ai toujours que des promesses. Je suis toujours considéré comme un étudiant payé au lance-pierre devant m'acquitter de la CVEC permettant d'avoir des réductions au cinéma tout en étant à la fois médecin salarié du CHU quand il s'agit de réanimer des malades.  Donc je continue, par habitude, à m'acharner à la tâche au quotidien à l'hôpital... Aspirant à un avenir meilleur. Parce que je ne sais faire que ça. Le tout dans l'illégalité la plus totale. Où est l'inspection du travail ? Quand aura-t-on un véritable statut légal correspondant à notre réalité ?

C'est dans cette ambiance que j'ai terminé mon semestre d'été fin octobre 2021. Sans envie. Juste en allant travailler parce qu'il le fallait. Je ne peux pas dire que ce semestre a été un échec car j'ai rencontré de belles personnes. L'équipe était au top ! Mais personnellement, la sensation d'être exploité m'a fait perdre le goût de la médecine et l'envie d'apprendre. Je n'ai pas du tout rempli mes objectifs fixés en début de semestre.  Et ce n'est pas à cause du salaire comme se forcent à le répéter les médias : avec environ 2000 €/mois pour 70h/semaine j'arrive à vivre très confortablement. En revanche, c'est bien à cause des conditions de travail et l'absence de perspectives d'amélioration que nous n'en pouvons plus.

L'hôpital tombe en ruine

Entre 2 vagues de COVID-19, on ne peut pas dire que l'hôpital était revenu à l'état normal, bien au contraire. La détérioriation des conditions de travail a poussé un certain nombre de soignants à démissionner. J'ai constaté que tous les corps de métiers sont concernés : médecins, infirmiers, AS, ASHQ, etc. Et ces personnes fuient ce secteur parce qu'elles en sont dégoutées.

Pour l'exemple, j'ai vu partir 2 infirmières fantastiques. Les deux se sont reconverties : une a ouvert une boulangerie avec son mari et l'autre est devenue caissière dans un supermarché. Aucune n'est partie pour une question d'argent ou de salaire comme on l'entends partout dans les médias. Les vrais raisons sont la précarité des conditions de travail, les horaires extrêmement lourds, les rapports tyraniques avec les hiérarchies et la déconnexion de la direction et des agents administratifs avec les hommes et les femmes du terrain.

Un autre exemple m'a vraiment marqué. C'est celui d'une infirmière en fin de carrière qui a toujours travaillé dans une réanimation hyper spécialisée du CHU. Elle m'a raconté qu'elle y a vécu les meilleurs moments de sa vie et que ça la rend extrêmement triste de voir l'état actuel des choses. Qu'elle n'en peut plus. La crise de la COVID-19 lui a fait perdre toute envie de consacrer sa vie à ce service. Aujourd'hui, elle veut continuer à soigner des malades, mais dans des conditions normales. Pas dans celles du CHU actuel où elle se sent comme un pion que l'on place sur un planning pour combler des absences. Cette infirmière souhaite partir de ce service hyper spécialisé du CHU pour travailler dans un petit hôpital de province, plus proche de chez elle. Ses priorités ont changé : elle veut se consacrer à ses petits enfants, sa famille, son bonheur. Et devinez quoi ? La direction du CHU lui refuse sa démission depuis l'été 2020 ! Scandaleux n'est-ce pas ?!! Sa seule option est l'abandon de poste, mais sa conscience professionnelle la retient. Cette dame est pour moi le témoin qu'il n'existe plus aucune humanité dans la gestion de la santé en France, or c'est la base de notre métier. Le cercle vertueux élitiste de la médecine française n'est plus qu'un vague souvenir lointain. Tout tombe en ruine.

Début de stage

Les semestres se suivent et commencent à se ressembler mine de rien !

Début novembre, j'ai eu un regain de motivation avec le changement de stage. Déçu de ce 6e semestre de réanimation chirurgicale polyvalente, j'ai décidé de faire à nouveau 6 mois dans une autre réanimation du CHU. Cette fois en réanimation spécialisée dans les pathologies cardiovasculaires. Mon 4e semestre de réa, 7e semestre au total.

Il va falloir tout recommencer à partir de zéro : faire ses preuves auprès des chefs, se présenter aux infirmières et aux AS, etc. Comme un air de déjà vu. Mais cette fois, je ne raterai pas ce semestre ! Je remplierai totalement mes objectifs : je veux progresser franchement en assistance cardiopulmonaire de type ECMO, en épuration extrarénale et en infectiologie !

En espérant que les COVID-19 ne viennent pas à nouveau perturber mes plans... Pour l'instant les autres réanimations absorbent l'afflux, mais pour combien de temps ?

Et la thèse dans tout ça ?

La thèse : ce Graal qui permet de devenir définitivement docteur. Et bien, figurez-vous que cet été j'ai trouvé un sujet qui m'intéresse beaucoup. J'y ai d'ailleurs consacré beaucoup de temps ces derniers mois, raison pour laquelle je publie cet article plus tard que prévu. L'objectif étant de la soutenir avant le mois de novembre prochain, me permettant de devenir docteur junior (#DJ), un statut encore très étrange et peu connu...

Je m'excuse donc par avance si je ne suis pas très présent sur le blog ou sur les réseaux sociaux en ce moment...


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Informations

Publié par Karadocteur
le 29/12/2021 à 22h47
modifié le 29/12/2021 à 23h03

Dans la catégorie Médecine

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